Lettre ouverte sur les droits de l'Homme au Président d'Ouzbékistan, Monsieur Karimov
2004-07-29

"La Fédération Internationale des Ligues des Droits de l'Homme (FIDH) et
l'Organisation Mondiale contre la Torture (OMCT) dans le cadre de leur
programme conjoint de l'Observatoire pour la protection des défenseurs des
droits de l'Homme, tiennent à vous exprimer leurs plus vives préoccupations
quant aux atteintes récurrentes portées à la liberté d'action des défenseurs
des droits de l'Homme en Ouzbékistan.

L'Observatoire tient à dénoncer tout d'abord les entraves à la liberté de
manifestation.
Le 8 mai 2003, entre 60 et 70 femmes ont manifesté à Andijan pour dénoncer
les persécussions dont sont victimes leurs maris et enfants et ce pour des
motifs d'ordre religieux. A plusieurs reprises durant la marche, les forces
de police ont tenté de mettre fin à la manifestation sans succès. A
l'approche du stade "Navruz", l'ordre a été donné d'arrêter tous les
manifestants. L'arrestation a été très brutale. Les enfants ont été insultés
et battus, et les femmes emmenées de force dans des bus ou des voitures. Les
personnes présentes lors de cette vague d'arrestation ont témoigné d'une
attitude particulièrement violente et cruelle des policiers.

Le 7 mars 2003, une quarantaine de femmes ont manifesté sur une place de
Tashkent pour dénoncer les tortures dont sont victimes en détention leurs
maris et leurs fils. La police est intervenue, bloquant toutes les issues de
la place et a violemment frappé et forçé plusieurs femmes à monter dans un
car de police. Selon certaines informations au moins deux femmes seraient
toujours retenues.
Peu après ces faits, un groupe de femmes, certainement liées aux autorités,
est arrivé sur les lieux et a pris à partie trois journalistes indépendants
de radios étrangères qui avaient été témoins de la dispersion de la
manifestation ; un correspondant de la radio la voix de l¹Amérique, Youssouf
Rasoulov et deux autres de radio liberté-RFE, Khousniddin Koutbitdinov et
Mirasror Akhronov. Accusés par ces femmes, qui n¹étaient pas là au moment
des faits, d'avoir battu les manifestantes, les journalistes ont été mis à
terre et frappés par des hommes qui accompagnaient ce groupe. Leur matériel
de travail, dictaphones, téléphones, sacs ont été pris et saccagés. La
police présente à quelques mètres n¹a rien fait malgré les appels à l¹aide
des journalistes.

L'Observatoire tient ensuite à dénoncer les actes de harcèlement et de
répression dont font l'objet les défenseurs des droits de l'Homme.
A titre d'exemple, Mme Mutabar Tadjibaeva, une journaliste indépendante qui
a participé à des missions de l'OSCE et qui publie régulièrement des
articles sur la situation des droits de l'Homme en Ouzbékistan sur
l'internet fait l¹objet de pressions diverses. En juin 2002, elle a été
arrêtée, frappée et maintenue en détention pendant 13 jours. Son matériel a
été confisqué. Récemment en avril 2003, elle a été victime d'une campagne de
diffamation orchestrée par les autorités par le biais d'articles qui
paraissent sur l'internet et qui présentent Mme Tadjibaeva comme étant une
"ennemie du peuple", "travaillant pour l'occident".
En outre, les défenseurs des droits de l'Homme continuent d'être arrêtés
arbitrairement et condamnés pour des motifs fallacieux. A ce titre, MM.
Muradov, Hamraev, Radjapov et Utamuratov, membre de l¹association Human
Rights Society of Uzbekistan, condamnés en 2002, sont toujours détenus.

L'Observatoire continue de recevoir des informations sur le harcèlement dont
sont victimes les familles et les proches des défenseurs des droits de
l'Homme.
Par exemple, on peut citer le cas de M Abdousamad Ergachev, fils de M
Abdousalom Ergachev, un défenseur connu au travers de ses articles sur la
situation des droits de l¹Homme en Ouzbékistan. Le 28 mars 2003, Abdousamad,
âgé de 17 ans, a été arrêté par deux policiers alors qu¹il rentrait chez lui
avec un ami. Tous deux ont été frappés, insultés. Ils ont été emmenés au
commissariat sans avoir connaissance des accusations dont ils faisaient
l'objet. Abdousamad a été battu à la tête et a perdu connaissance. A son
réveil, les policiers ont recommencé à le rouer de coups lui criant : "ton
père est un extrémiste", "c¹est le dossier d¹un extrémiste"Š Le
30 mars, ils
ont été accusés d¹avoir volé le costume d'un individu, M. Yoldashef. Ils ont
été obligés de signer un papier les mettant en cause alors même qu¹ils
n¹avaient jamais vu cet homme. M. Yoldashef lui-même a nié les faits. Ce
dernier a aussi fait l¹objet de menaces et a subi des actes de violences. Il
a été retrouvé le lendemain matin à 5h dans un état physique très
inquiétant. Abdousamad a été relâché et est actuellement dans un état de
santé très critique. Son ami est toujours maintenu en détention par la
police. De même, une enquête (n° 2-59/2003) a été ouverte à l¹encontre du M.
Olim Tochev, membres de Human Rights Society of Uzbekistan. Il est accusé
d¹avoir frappé sa voisine à Karshi. Son procès était prévu pour le 14 mars à
10 h devant la Cour Criminelle de Bakhoriston. Mais le 13 mars 2003 il a été
emmené de force dans un hôpital psychiatrique. Détenu illégalement dans cet
hôpital sans avoir été vu au préalable par un médecin, M. Tochev est
ressorti le 15 mars grâce à son avocat M Bakhtior Chakhnazarov. Le procès
n¹a pas eu lieu.
L'Observatoire demande aux autorités Ouzbeks de:
- Mettre un terme à toute forme de représailles à l'encontre des défenseurs
des droits de l'Homme ;
- Garantir en toutes circonstances la liberté d'expression, d'association,
de manifestation conformément aux engagements internationaux ratifiés par
l'Ouzbékistan ;
- Procéder à la libération des défenseurs des droits de l'Homme, MM.
Muradov, Hamraev, Radjapov et Utamuratov, considérant leur arrestation
arbitraire;
- Se conformer à la Déclaration sur les défenseurs des droits de l'Homme
adoptée par l'Assemblée générale des Nations unies du 9 décembre 1998 ;
- Donner une suite favorable à la demande de visite en Ouzbékistan formulée
par la Représentante Spéciale du Secrétaire général de l'ONU sur les
défenseurs des droits de l'Homme."


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Direct FIDH
Tel : 33 (0) 1 43 55 20 11 /
Fax : 33 (0) 1 43 55 18 80

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Fax : 41 (0) 22 809 49 29