En Azerbaïdjan et en Arménie, le désarroi d'une jeunesse oubliée (octobre 2013)
2013-10-22

Paris, 14 octobre 2013, Guillaume Elmassian, Le Monde.

Entre l'Azerbaïdjan et l'Arménie, en conflit depuis un quart de siècle à propos du Haut-Karabakh, la situation reste extrêmement tendue et les incidents sont fréquents sur la "ligne de front". La jeunesse, elle, regarde vers l'étranger. Témoignages

.

En Azerbaïdjan, où les libertés individuelles sont restreintes, la répression s'est accentuée à l'approche de l'élection présidentielle du 9 octobre 2013. Ilham Aliev, président depuis octobre 2003, a hérité de ce poste après le désistement de son père et n'entend pas l'abandonner. Assis à la terrasse d'un café, trois amis égrènent leurs doléances sous couvert d'anonymat, demandant à être désignés comme un "groupe de jeunes". "Les autorités sont devenues extrêmement sensibles et agressives", préviennent-ils. L'un deux raconte son retour à Bakou après des études en Europe : "Depuis que je suis rentré, je n'arrive pas à trouver un emploi me permettant de subvenir à mes besoins. Je pense que les autorités se méfient des jeunes qui ont étudié à l'étranger : elles se disent qu'ayant vu la démocratie fonctionner, on va la réclamer ici. Tous les beaux monuments et les Mercedes que vous voyez ne sont que façade, l'Azerbaïdjan est entièrement rongé par la corruption, l'absence de libertés et de justice, qui empêchent la majorité des citoyens de vivre dignement."

En Arménie, en revanche, où le président Serge Sarkissian, élu en 2008, a été reconduit dans ses fonctions en février, la liberté d'expression permet aux jeunes de critiquer la "démocratie minimale" qui y règne. L'expression est de Varsik, une étudiante de 25 ans originaire de Gumri, deuxième ville du pays après la capitale, Erevan. Elle dénonce, elle aussi, la corruption et la fraude électorale. "Je connais une foule de personnes que le parti du président est venu démarcher ; 5 000 ou 10 000 drams [environ 10 ou 20 euros] contre leur vote. Et pour les intimider, les numéros de leurs papiers d'identité sont relevés. Et ça fonctionne. On le voit bien à chaque résultat. Sans parler de l'encre non-indélébile qui tamponne certaines cartes électorales... Lorsque je suis allée refaire mon passeport et que j'ai demandé le prix, on m'a tout naturellement dit : "C'est 1 000 drams et un autre billet de 1 000 glissé dans l'ancien passeport". C'est aberrant, mais encore ancré dans notre culture. Le changement ne semble pas être pour demain et de nombreux jeunes préfèrent partir."

Lire la suite :

[URL : http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/10/14/en-azerbaidjan-et-en-armenie-le-desarroi-d-une-jeunesse-sacrifiee_3495383_3214.html].