Le Monténégro a enfin un président (2003)
2012-12-27

Après l'invalidation, en près de cinq mois, de deux élections
présidentielles au cours desquelles il était arrivé largement en tête, Filip
Vujanovic a enfin été élu Président de la République du Monténégro le 11 mai
2003. Le candidat de la coalition au pouvoir au Monténégro appelée
"Liste
démocratique pour un Monténégro européen"
, qui réunit le Parti
démocratique
des socialistes (DPS), le Parti social-démocrate (SDP), l'Entente populaire
et le Parti civique, et lieutenant politique du Premier ministre (et
ex-Président de la République) Milo Djukanovic, a recueilli plus de 65 % des
suffrages exprimés selon les estimations données par Zaltko Vujovic,
responsable de l'organisation non gouvernementale, le Centre de supervision
des élections (CEMI). Ses adversaires, Miodrag Zivkovic, candidat de
l'Alliance libérale (LSCG) et Dragan Hajdukovic, physicien écologiste
indépendant, ont obtenu respectivement 30 % et 4 % des voix. La
participation a été légèrement inférieure à celle des élections
présidentielles des 22 décembre et 9 février derniers, avoisinant 48 % des
inscrits, mais n1empêchant pas la validation du scrutin : l'obligation
restrictive d'un taux minimal de 50 % de participation a été supprimée de la
loi électorale monténégrine. Les centaines d'organisations non
gouvernementales et l'Organisation pour la sécurité et la coopération en
Europe (OSCE), chargées de l'observation de cette élection présidentielle,
ont annoncé qu'aucune irrégularité n1avait été signalée. "Toutes les
activités qui mènent le Monténégro vers l'Union européenne, la voie vers le
Partenariat pour la paix (de l'OTAN) ainsi que le programme des réformes
économiques et sociales, telles sont les priorités pour la population du
Monténégro"
a déclaré, dès l'annonce des résultats, le nouveau Président.
Celui-ci avait souligné durant sa campagne sa volonté d'organiser d'ici à
trois ans un référendum sur l'indépendance du pays "afin que les citoyens
se prononcent sur l'avenir qu'ils souhaitent pour le Monténégro"
. L'accord
de Belgrade, qui a conduit le 4 février dernier à la naissance de l'Etat de
Serbie et Monténégro en lieu et place de l'ancienne République fédérale de
Yougoslavie, autorise en effet les deux entités serbe et monténégrine à se
prononcer par référendum pour la séparation et donc pour l'indépendance à
l'issue de trois ans de vie commune. Filip Vujanovic a assuré qu'il mènerait
une politique européenne et respecterait l'accord de Belgrade "y compris,
bien entendu, la disposition concernant le référendum"
. En dépit de leurs
positions également pro-indépendantistes, les deux adversaires du candidat
de la coalition "Liste démocratique pour un Monténégro européen" ne
pouvaient espérer inquiéter le grand favori de cette élection
présidentielle. "Je vous assure que Président, je saurai faire du
Monténégro
un État indépendant et évoluant avec la Serbie au sein d'une sorte d1Union
européenne"
avait déclaré le physicien écologiste indépendant Dragan
Hajdukovic. De son côté, le candidat de l'Alliance libérale (LSCG), Miodrag
Zivkovic, assurait qu'il rétablirait l'ordre et la loi. Des promesses qui
n'ont cependant pas suffi à inquiéter Filip Vujanovic. Après cinq mois de
vacance à la tête de l'Etat, le Monténégro est enfin parvenu à se doter d1un
Président de la République. L'élection de Filip Vujanovic consolide les
positions du Premier ministre Milo Djukanovic qui, depuis son arrivée au
pouvoir, a entrepris un vaste programme de réformes économiques afin de
conduire son pays sur la voie de l'accession à l'Union européenne.

Corinne
Deloy/Fondation Robert Schuman. 13 mai 2003