Géorgie : démission annoncée du Premier ministre Bidzina Ivanishvili (17 novembre 2013)
2013-11-08

Démission annoncée du Premier ministre



Depuis son entrée en politique en 2012, le milliardaire Bidzina Ivanichvili a affiché deux objectifs,

- la conquête de la majorité parlementaire avec la coalition le Rêve géorgien (c'est fait depuis octobre 2012 avec la présidence de Davit Usupashvili) et son élection par le Parlement au poste de Premier ministre (c'est fait également),

- la conquête de la majorité présidentielle (c'est fait depuis octobre 2013 avec l'élection de Giorgi Margvelashili).

Il avait aussi annoncé sa démission de toute responsabilité politique officielle au lendemain de la réalisation de ces deux objectifs : elle est programmée le 17 novembre 2013, jour de l'investiture du nouveau président de la République.

Le Parlement aura une semaine pour élire le nouveau Premier ministre, aux pouvoirs constitutionnellement plus étendus que ceux de son prédécesseur (1). Il accompagnera Giorgi Margvelashvili au sommet européen de Vilnius et y fera entendre la voix de la Géorgie auprès des 28 chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne.

Grilles de lecture multiples pour la succession



Bidzina Ivanishvili déclare officieusement et officiellement que son choix est fait et qu'il proposera au Parlement la candidature du membre le plus approprié du gouvernement.

Qui sera-t-il ?

Entre son bras droit depuis 8 années, Irakli Garibashvili (31 ans, ministre de l'Intérieur), un joueur de football reconverti aux affaires et à la politique -très populaire- Kakha Kaladze (35 ans, ministre de l'Energie et des Ressources naturelles), un ancien ambassadeur aux Nations Unies Irakli Alasania (39 ans, ministre de la Défense) et un docteur en médecine Davit Sergeenko (50 ans, ministre du Travail, de la Santé et des Affaires sociales), les pronostics vont bon train !

Soit les partis coalisés (2) se partagent les responsabilités, le Parlement au Parti républicain (Davit Usupachvili), la présidence de la République à un indépendant (Giorgi Margvelashvili) et le poste de Premier ministre revient au Rêve géorgien - Géorgie démocratique (Irakli Garibashvili ou Kakha Kaladze).

Soit le message des bonnes compétences aux bons endroits est délivré, un parlementaire expérimenté pour tenir le Parlement (Davit Usupashvili), un honnête homme à la présidence de la République (Giorgi Margvelashvili), et le poste de Premier ministre est dévolu à un diplomate expérimenté (Irakli Alasania),

Soit le message de la priorité de la politique intérieure (et aux affaires sociales) est délivré, et Davit Sergeenko est nommé nommé Premier ministre.

Quelles orientations générales laissées au successeur ?



Pour les uns, Bidzina Ivanishvili a tenu ses engagements politiques et se retire. Il encourage le rétablissement des relations économiques avec la Russie. Il encourage le rapprochement avec l'Union européenne, sur le plan économique et politique. Il serait prêt à investir un milliard de dollars de sa fortune pour son pays. Il est normal qu'il choisisse un successeur qui lui convienne.

Pour les autres, Bidzina Ivanishvili est un homme de l'étranger (comprendre la Russie, où il a fait fortune et où il entretient de bonnes relations avec les milieux d'affaire). Il tombe dans un nouveau piège (3) de Vladimir Poutine, qui œuvre à la reconstitution de l'ex-espace soviétique par l'association économique et douanière (4). Peu importe donc les hommes qu'il choisit, fussent-ils philosophes ou tricoteurs de chaussettes !

Pourtant l'histoire de la Géorgie a souvent dépendu de l'extérieur, Byzance, Téhéran, Constantinople, Saint Pétersbourg, Berlin, Petrograd, Moscou, Washington ...
Bruxelles a d'autres priorités que son Partenariat oriental. Moscou peine à mettre en place son Union eurasienne. Bidzina Ivanishvili, le faiseur de rois locaux, éloigné des responsabilités officielles, aura-t-il son mot à dire dans le jeu des grandes puissances ?

Notes



(1) Les amendements constitutionnels votés par le Parlement de 2010 à 2012 donnent moins de pouvoirs au Président de la République et plus de pouvoirs au Premier ministre. Ce dernier, responsable devant le Parlement, détient l'essentiel du pouvoir exécutif à l'exception des affaires étrangères et de la défense nationale restées en partie sous l'autorité du chef de l'Etat, par l'intermédiaire de deux ministres. Le Commission de Venise -organe du Conseil de l'Europe en charge des questions constitutionnelles- a proposé à plusieurs reprises des modifications substantielles de la Constitution géorgienne.

(2) La coalition "Le Rêve géorgien" est composée du Rêve géorgien - Géorgie démocratique (Bidzina Ivanishvili, Irakli Garibashvili, Kakha Kaladze), du Parti républicain (Davit Usupashvili), du Parti conservateur (Zviad Dzidziguri), de Notre Géorgie - Démocrates libres (Irakli Alasania), du Forum national, du Parti "l'industrie sauvera la Géorgie" et d'indépendants.

(3) La plupart des observateurs admettent aujourd'hui que Mikheil Saakachvili est tombé dans un piège délibéré de Vladimir Poutine, en août 2008, lorsqu'il a bombardé Tskhinvali (Ossétie du Sud) : il a ainsi permis à l'armée russe, massée au delà du tunnel de Roki, d'entrer sur le territoire géorgien.

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Voir aussi



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