XVI) Les émigrations géorgienne vers la France : annexe
2013-11-27

Seizième partie du [->1099].

Cette annexe reprend l'introduction de la version papier du 17 décembre 2011 :



L'émigration politique géorgienne des années 1920 en France a représenté durant 70 ans l'ultime refus de la disparition de la Géorgie. Quelle légitimité faut-il pour en parler ? Celle de l'historien conduit par une école de pensée ? Celle des autorités à la recherche d'instruments de pouvoir ? Celle du descendant ébloui par le prisme familial ?

Ce dossier est un témoignage basé sur des souvenirs personnels (fin des années 1940 et années 1950) et familiaux (des années 1920 à 1990, près de Leuville), mais aussi sur des archives privées (Véronique Cheidzé -fille de Nicolas-, Martiané Mguéladzé -légataire universel d'Irakli Tsérétéli-) et familiales, sur une bibliographie rassemblée par notre sœur Hélène Méloua, enfin sur des recherches documentaires effectuées entre 2000 et 2012 (Bibliothèque de l'Etat de Genève, conférences et Websites).

S'il n'est pas agréable de penser que l'émigration était infiltrée par la police secrète soviétique et que ses agents contribuèrent à l'assassinat, à Paris, du premier président du gouvernement de la Géorgie, faut-il pour autant jeter des noms en pâture ? S'il n'est pas agréable de penser qu'une poignée de descendants s'est déclarée marxiste-léniniste, trotskiste ou maoïste, faut-il pour autant y voir autre chose que des erreurs de jeunesse ? S'il n'est pas agréable de penser qu'une centaine d'émigrés géorgiens en France s'est engagée aux côtés de la Wehrmacht sur le front Est, dans les années 1940, faut-il pour autant oublier qu'ils avaient l'espoir de faire libérer la Géorgie par l'Allemagne et que des personnalités les plus inattendues les avaient encouragés ? S'il n'est pas agréable de penser que sociaux démocrates et nationaux démocrates s'opposèrent au-delà du raisonnable, faut-il taire les petits « arrangements » pris avec l'Histoire comme l'existence d'une présidence de la Ière République de Géorgie ?

À vouloir ne pas déplaire, le témoignage devient incolore, inodore et sans saveur.

À contrario des combats de chefs, il est agréable de penser que « conjurés » (souvent nationaux démocrates) et « insurgés » (souvent sociaux démocrates), tous rescapés de 1924, s'asseyaient régulièrement à la même table, Route de Leuville, durant les années 1940 et 1950. Ils s'appelaient Badourachvili, Kargaréthéli, Lachkarachvili, Révasichvili, ils s'appelaient aussi Kouroulichvili, Mguéladzé, Tjélidzé, Tsintsadzé (Grigol) et ne revendiquaient ni décoration, ni transfert au Panthéon. Ils étaient tout simplement Géorgiens comme 7 000 paysans, étudiants, ouvriers et aristocrates fusillés lors de la répression soviétique. À contrario des tentations communistes et des tentations nationales socialistes, il est agréable de penser que la très grande majorité des émigrés géorgiens a pris position contre l'occupation de la Géorgie et contre l'occupation de la France, sans compromission, sans double jeu, apprenant à ses enfants à chanter « la Marseillaise » avant de chanter « Dideba » -l'hymne national géorgien- et en les encourageant à servir dans l'armée française. À contrario du prosélytisme, il est agréable de penser que les paroissiens de l'Eglise Sainte Nino de Paris ont représenté l'ultime refus devant le risque de rattachement de l'Eglise de Géorgie à l'Eglise de Russie et se sont inscrits selon le droit canon sous l'autorité du Primat de Constantinople.

Les pourfendeurs de cette émigration, historiens, autorités, descendants, voire Eglise de Géorgie, devraient s'en souvenir avant d'en réécrire l'histoire.

Ce témoignage (et ses annexes) est imparfait. Il comporte oublis et erreurs : les suggestions des lecteurs seront les bienvenues et reprises dans les versions ultérieures, hors leurs opinions personnelles qui resteront leurs opinions personnelles
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