Histoire politique ukrainienne récente
2004-08-03

Histoire politique récente



Après sa réélection à la présidence en 1999, Leonid Koutchma semblait logiquement poursuivre une voie de développement autoritaire. Néanmoins, face à la situation économique toujours en crise, Leonid Koutchma a dû nommer, en décembre 1999, un réformateur libéral, Viktor Iouchtchenko, à la tête du gouvernement. Sur fond de changements économiques positifs, réalisés par l'équipe de l'ancien Gouverneur de la Banque centrale, les événements de l'automne 2000 ont fait entrer l'Ukraine dans une nouvelle étape de son développement politique. En effet, l'assassinat d'un journaliste d'opposition, Georhiy Gongadze (septembre 2000) et la révélation de bandes enregistrées dans le bureau présidentiel mettant en cause Leonid Koutchma ont montré à la population la face autoritaire et cynique du régime en place et poussé de nombreux Ukrainiens à exiger la démission du Chef de l'Etat.

Dans un premier temps, l'éveil de la société civile s'est traduit par la création du mouvement d'opposition "L'Ukraine sans Koutchma !", du mouvement étudiant "Pour la vérité !" et de l'organe politique de coordination de l'opposition, "Le Forum du salut national". En exigeant la démission du Président, cette coalition hétéroclite n'a pas réussi à atteindre les résultats escomptés. Certes, l'opposition anti-Koutchma a obtenu le départ du ministre de l'Intérieur et du Chef du SBU (la Sûreté ukrainienne). Elle a ébranlé la majorité pro-présidentielle à la Rada au prix de la destitution du Premier ministre Iouchtchenko (avril 2002). Elle a enfin, reporté à l'infini la mise en œuvre des résultats du référendum contesté du 16 avril 2000. Les autorités ont toutefois su efficacement contenir les manifestations de l'opposition, qui n'ont jamais excédé 10.000 personnes, et ont bloqué l'organisation d'un référendum sur la confiance envers le Président.

En vue des élections législatives de mars 2002, les forces des anti-Koutchmistes déterminés se sont articulés autour de deux pôles majeurs. Premièrement, le Bloc de Youlia Tymochenko a inclus, hormis le parti de l'ex-vice-ministre du gouvernement Iouchtchenko "La Patrie", les formations national-démocrates telles que le parti "Sobor" d'Anatoly Matvijenko ou le Parti ukrainien républicain du célèbre dissident Levko Loukyanenko. D'autre part, les sympathisants de la gauche anti-Koutchmiste se sont organisés autour du Parti socialiste ukrainien de l'ancien Président du Parlement, Olexandre Moroz.

En même temps, l'échiquier politique ukrainien a vu se former en août 2001 une large coalition libérale, dirigée par Viktor Iouchtchenko. Le bloc électoral de l'ancien Premier ministre s'est présenté comme une force politique "constructive" de centre-droit plaidant pour la mise en place d'une transparence dans la vie économique et politique du pays, l'instauration d'un pouvoir professionnel et patriote. Le cœur de "Notre Ukraine" a été constitué par la mouvance nationale-démocrate "classique" : deux fractions du Roukh de Gennady Oudovenko et de Ioury Kostenko (qui se sont rapprochés après leur scission survenue en 1999) et le Parti "Réformes et Ordre" de l'ancien ministre réformateur Viktor Pynzenyk. "Notre Ukraine" a aussi englobé le Parti "Solidarité" du "roi du sucre" ukrainien, Petro Porochenko, et le Parti libéral d'Ukraine du gouverneur de la région de Soumy, Volodymyr Chtcherban (plus tard, exclu du bloc).

Les législatives du 31 mars 2002

, menées selon un mode de scrutin mixte, mi-majoritaire, mi-proportionnel (avec un seuil de 4 % pour être représenté au Parlement), ont confirmé la division du paysage politique ukrainien en trois forces distinctes :
- 1). L'opposition démocratique, représentée, au sein de la Rada, par le bloc de centre droit "Notre Ukraine" (23,57 % des voix au suffrage proportionnel), ainsi que deux formations anti-koutchmistes "radicales" : le bloc de Ioulia Tymochenko (7,26 % des voix) et le Parti socialiste d'Ukraine (6,87 % des voix).
- 2) La gauche orthodoxe, incarnée par le Parti communiste ukrainien, en recul par rapport aux élections précédentes - 19,8 % des voix.
- 3) Le centre pro-présidentiel, composé, selon les résultats du vote proportionnel, du bloc "Pour une Ukraine unie!" (11,77 %) et du Parti social-démocrate d'Ukraine (unifié) de Viktor Medvedtchouk - 6,87 % des voix. Après l'éclatement du bloc "Pour une Ukraine unie !" en plusieurs fractions, le cœur du bloc pro-présidentiel est actuellement constitué du Parti des régions d'Ukraine (dirigé par l'actuel Premier ministre, M. Viktor Ianoukovytch), du parti "l'Ukraine laborieuse" (s'alliant au Parti des industriels et des entrepreneurs de l'ancien Premier ministre, M. A. Kinakh) et du Parti social-démocrate unifié qui représentent respectivement les groupements politico-financiers de Donetsk, de Dnipropetrovsk et de Kiev. À ces trois formations clés, il faut ajouter deux anciennes composantes du "parti du pouvoir" (le Parti populaire démocratique de M. Poustovoitenko et le Parti agrarien) ainsi que les groupes "Choix européen", proche de l'Administration fiscale d'Etat, et "Pouvoir du peuple", lié à Volodymyr Lytvyn, actuel président de la Rada.

Contrairement au suffrage proportionnel, le vote majoritaire à un tour (dans les circonscriptions territoriales) a permis aux représentants des forces pro-présidentielles ainsi qu'aux nombreux députés "indépendants", (dont la majorité a été composée des notables de la nomenklatura locale et des hommes d'affaires, proches du "parti du pouvoir") de gagner des mandats parlementaires, souvent au prix d'irrégularités. In fine, à la suite de pressions directes exercées par l'Administration présidentielle sur les députés "indépendants" et certains députés de l'opposition (pour qu'ils rejoignent les groupes pro-présidentiels), le Parlement ukrainien se compose aujourd'hui de quatorze groupes, dont cinq seulement comptent plus de 30 députés.

Les fractions et les groupes parlementaires de la Rada au 15 mai 2003



La gauche


- Parti communiste d'Ukraine 60
-

Ensemble : 60 (13,4 %)



Le centre pro-présidentiel


- "Régions d'Ukraine" : 44
- Partis "Ukraine laborieuse" - Industriels et entrepreneurs d'Ukraine : 43
- Parti social-démocrate d'Ukraine (unifié) : 36
- "Initiatives démocratiques" : 22
- "Choix européen" : 20
- "Députés hors fractions" : 20
- "Pouvoir du peuple" : 19
- Parti agrarien d'Ukraine : 16
- Parti populaire démocratique : 15
- "Choix populaire" : 15
-

Ensemble : 250 (55,8 %)



Opposition démocratique


- Notre Ukraine : 100
- Parti socialiste d'Ukraine : 20
- Bloc de Ioulia Tymochenko : 18
-

Ensemble : 138 (30,8%)



Ensemble des députés : 448





Volodymyr Poselskyy

, doctorant à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris (rattaché au CERI), membre du comité de rédaction de la Lettre du COLISEE.