Russie et France : Natalia Gorbanevskaya (1936-2013), dissidente
2013-12-03

L'une des grandes figures de la dissidence soviétique des années 1960 et 1970, la poétesse Natalia Gorbanevskaya, est morte vendredi 29 novembre à Paris à l'âge de 77 ans.

Natalia Gorbanevskaya avait participé à deux événements majeurs de la résistance au régime soviétique : la manifestation de sept dissidents le 25 août 1968 sur la place Rouge pour dénoncer l'invasion de la Tchécoslovaquie par les troupes du Pacte de Varsovie, et la création de la revue clandestine Chronique des événements en cours.

Arrêtée après la manifestation sur la place Rouge, elle avait été condamnée à l'internement dans un hôpital psychiatrique spécial à Kazan, à 800 kilomètres à l'est de Moscou, où elle avait reçu pendant plus de deux ans un traitement à base d'halopéridol, un neuroleptique utilisé pour lutter contre la schizophrénie, qui a des effets secondaires physiques importants.

« Nous n'étions pas des héros »



« Par rapport au camp, la grande différence, c'est qu'il n'y a pas de durée fixe à la détention dans un hôpital psychiatrique. On peut vous garder "jusqu'à la guérison", jusqu'à ce qu'on considère que vous n'êtes plus dangereux. Chaque jour, on essaye de vérifier qu'on est toujours normal... Je vivais avec la peur de devenir folle », racontait Natalia Gorbanevskaya en juin dernier à Moscou. Libérée à la suite d'une intense campagne de soutien en Occident, la dissidente estimait que « de toutes les inventions du pouvoir soviétique, la psychiatrie punitive est l'une des plus odieuses ».

Natalia Gorbanevskaya restera aussi dans l'histoire de la dissidence en URSS comme celle qui a été en 1968 à l'origine de la Chronique des événements en cours, la principale revue d'opposition, qui rendait compte des arrestations et condamnations d'opposants. Le titre survivra pendant quinze ans, alors que ses rédacteurs successifs étaient systématiquement condamnés à de lourdes de peines de camp ou contraints à l'exil.


« Nous n'étions pas des héros. Tout simplement, à un moment donné, nous avons trouvé la force d'agir en accord avec notre conscience », disait Natalia Gorbanevskaya qui, contrainte à l'exil, s'était installée à Paris en 1975, où elle a travaillé dans plusieurs organes de l'émigration russe, notamment l'hebdomadaire La Pensée russe et la revue Continent.

Source "Le Monde"



[URL : http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/11/30/deces-de-natalia-gorbanevskaya-grande-figure-de-la-dissidence-en-urss_3523119_3214.html].


Dernier hommage



Un hommage lui sera rendu le 4 décembre 2013, à 14 heures à l'Eglise orthodoxe 91 rue Olivier de Serres 75015, à 16 heures au Père Lachaise.