L'OSCE va retirer ses observateurs de Géorgie, à la demande de la Russie (2008)
2013-12-11

La Russie empêche le renouvellement de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopérationen Europe qui doit superviser le cessez-le-feu.

Bien décidée à obtenir la partition définitive de la Géorgie, la Russie a empêché lundi le renouvellement de la mission de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans ce pays du Caucase au-delà du 31 décembre. Les 200 observateurs de l'OSCE, qui étaient chargés entre autres de superviser le respect du cessez-le-feu entre Russes et Ossètes du Sud d'un côté, Géorgiens de l'autre, devront plier bagage à compter du 1er janvier de Géorgie, où ils étaient établis depuis 1992.

« Je regrette infiniment cette situation », a déclaré le président en exercice de l'OSCE, le ministre finlandais des Affaires étrangères, Alexander Stubb, rappelant que la Finlande avait déployé beaucoup d'efforts pour trouver une solution, jusqu'à la dernière minute. En vain. La réunion de lundi visait seulement à reconduire la mission pour trois mois, le temps de sortir de l'impasse. « Nous avions face à face un camp défendant l'intégrité territoriale de la Géorgie et l'autre l'indépendance de l'Ossétie du Sud. Les deux positions sont si éloignées l'une de l'autre que cela ne faisait aucun sens d'essayer de les rapprocher avant le 31 décembre », renchérit l'ambassadeur finlandais auprès de l'OSCE, Antti Turunen, qui présidait cette ultime tentative de conciliation.

Le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a laissé entendre hier que Moscou tolérerait le maintien des observateurs à condition que le mandat de la mission soit modifié pour intégrer la nouvelle donne, après la guerre éclair russo-géorgienne du 7 au 12 août dernier, qui précipita l'émancipation de la de la région irrédentiste géorgienne d'Ossétie du Sud, à l'instar de l'autre province géorgienne d'Abkhazie en 1992.

« Résistance épouvantable »



Caisse de résonance historique des tensions Est-Ouest, l'OSCE est à nouveau paralysée par la confrontation entre l'Occident et la Russie, qui effectue un retour spectaculaire sur le devant de la scène internationale, après avoir connu toutes les humiliations durant la décennie Eltsine. Le contentieux est lourd entre l'organisation paneuropéenne de sécurité et Moscou, qui accuse la première d'agir sous influence occidentale, notamment dans le traitement des « conflits gelés » d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud, du Nagorny-Karabakh (Azerbaïdjan) et de Transnistrie (Moldavie), où les troupes russes, rebaptisées « forces de maintien de la paix », entretiendraient l'agitation.

L'impuissance de l'OSCE, dont le siège se trouve à Vienne (Autriche), tient pour une large part à son mode décisionnel. En votant par consensus la reconduction de ses missions de terrain, l'OSCE se retrouve à la merci d'un seul de ses cinquante-six États membres. C'est exactement ce qu'a fait la Russie, en conditionnant la prolongation de la mission géorgienne à la reconnaissance de facto par la communauté internationale de la souveraineté de l'Ossétie du Sud et de l'Abkhazie.

« Tout cela, estime l'ambassadeur britannique auprès de l'OSCE Ian Cliff, découle de l'insistance de la Russie à ce que soient reconnues l'indépendance de l'Os­sétie du Sud et celle de l'Abkhazie dans la future structure de la mission. » Les événements de lundi sont «extrêmement sérieux» pour la région et l'OSCE, s'inquiète son homologue américain, Julie Finley, pour qui la « résistance » de la Russie à l'action de l'OSCE est « épouvantable ». « Dans cette affaire, ajoute-t-elle, il y a un seul responsable pour ce qui s'est passé et ce qui est sur le point de se produire avec la fermeture de cette mission : la Fédération de Russie. »

Pour toute réponse, Moscou a laissé entendre hier que des « mercenaires » étrangers auraient combattu aux côtés des troupes géorgiennes contre l'armée russe. Alexander Bastrykine, le chef de la commission d'enquête spéciale russe sur la guerre de Géorgie, a affirmé disposer de suffisamment de preuves - photographies, uniformes militaires, carnets personnels et témoignages visuels - pour établir la présence d'Ukrainiens, d'Américains, de Turcs et de Tchèques en Ossétie du Sud. Il a également réclamé la formation d'un tribunal international pour juger les crimes de guerre commis par les forces géorgiennes en Ossétie du Sud. D'après Moscou, 162 Ossètes du Sud et 48 soldats russes ont été tués, tandis que Tbilissi fait état de la mort de 69 civils et 169 policiers et militaires. L'ambassade des États-Unis en Russie a nié l'implication de tout ressortissant américain dans les combats.

Source Maurin Picard, pour le Figaro, 24 décembre 2008

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[URL : http://www.lefigaro.fr/international/2008/12/25/01003-20081225ARTFIG00011-l-osce-va-retirer-ses-observateurs-de-georgie-.php].