Sur la ligne de démarcation entre Géorgie et Ossétie du Sud, les habitants pris au piège (octobre 2013)
2013-12-12

Ditsi, Khurvaleti, 28 octobre 2013, par Marie Jégo pour Le Monde.

A Ditsi, dernier village géorgien avant la région séparatiste d'Ossétie du Sud, les habitants ont le blues. Il y a un mois et demi, les soldats russes installés de l'autre côté ont grignoté quelques pans de territoire, installant une barrière métallique toute neuve le long d'une ligne tracée au gré de leur fantaisie. La barrière verte, dotée d'une porte fermée à triple tour, a suscité la consternation à Ditsi. Les villageois se plaignent d'avoir perdu l'accès au cimetière, à leurs terres cultivées et aux précieuses sources d'eau, désormais situés de l'autre côté.

A gauche, la barrière verte court sur des centaines de mètres, à droite, elle s'interrompt brusquement. A quoi sert elle ? "Barrière ou pas, plus une âme, plus une bête ne passe. Il est impossible de se rendre de Géorgie en Ossétie", résume le commandant du poste de police de Ditsi.

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Au village de Khurvaleti, les habitants se sentent pris au piège. "Avant, on circulait sans entraves d'un village à l'autre, maintenant, c'est fini. Or, il y a beaucoup de familles mixtes [osséto-géorgiennes] dans le coin", regrette Sosso Khourouchvili, la quarantaine, agriculteur. L'eau qui sert à irriguer les cultures vient de Tskhinvali, la capitale de l'Ossétie du Sud. Or, il n'est pas rare "que l'accès soit coupé", précise Sosso.

A la sortie du village, au plus près du territoire séparatiste ossète, des barbelés ont été posés unilatéralement par les soldats russes il y a deux ans. Du coup, la maison et le verger de Valia et David Vanichvili, situés depuis toujours en Géorgie, se sont retrouvés en territoire ossète, de l'autre côté des barbelés. "Je ne peux pas traverser cette ligne, je ne peux plus aller toucher la pension que me verse l'Etat géorgien. Les Ossètes ne me donnent rien. Comment vivre ?", peste David, 82 ans.

Comme il a coutume de raconter ses malheurs aux visiteurs de passage à travers les barbelés, les soldats russes l'ont molesté. "Ils sont venus chez moi ce matin, ils m'ont attrapé par le col de ma chemise et m'ont enfoncé mon bonnet dans la bouche", geint le vieillard. Il jette des regards apeurés en direction de la casemate de fortune où les soldats russes se sont planqués à l'arrivée d'un groupe d'officiels et de journalistes escortés par la police géorgienne.

"Partez, sinon je vais encore avoir des ennuis", s'exclame-t-il en faisant un geste de la main. Sa femme, Valia, est plus diserte : "Cela fait trente-sept ans qu'on vit ici. On n'a jamais vu ça. Les soldats russes nous contrôlent, ils surveillent tous nos mouvements. Là, ils sont cachés, mais dès que vous serez partis, ils reviendront nous harceler."

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