Elections parlementaires et référendum en Arménie : le président affaibli (juin 2003)
2012-05-08

Elections parlementaires et référendum en Arménie : le président affaibli



L'Arménie se trouve au bout d'un marathon électoral de huit mois, qui a vu l'enchaînement des élections locales, des deux tours d'élections présidentielles, d'un référendum constitutionnel et des élections parlementaires. Les résultats sont pleins d'enseignements.

Echec du référendum constitutionnel



Premier fait marquant : le référendum censé entériner des modifications dans la Constitution de l'Etat a échoué. C'est pour la première fois depuis l'implosion de l'URSS qu'une proposition soumise par un référendum n'est pas adoptée dans un des pays de l'espace ex-soviétique.

Cet aboutissement est d'autant plus surprenant qu'il n'y avait qu'une composante mineure de l'opposition à mener campagne contre les changements constitutionnels proposés par le président Robert Kocharian. Il s'agit d'Ardaruntiun et du Mouvement National Arménien, qui, lors des précédentes élections législatives n'avaient réuni que 1 % des voix. Les 19 autres partis ou groupements du paysage politique arménien ont apporté leur soutien aux réformes constitutionnelles proposées par le référendum, mais leur soutien a été passif et leurs argumentaires faibles et inconsistants.

Chacune des parties en jeu pourra interpréter les résultats du référendum selon ses propres intérêts politiques. Pour le président Kocharian, le fait même que le non ait pu l'emporter constitue une preuve que la démocratie fonctionne et que l'expression politique ne connaît pas d'entrave. L'opposition, en revanche, pourra considérer les résultats comme symptomatiques du bas niveau de légitimité du Président.

Législatives : Margarian renforcé, mais modification du paysage politique



La victoire du Parti Républicain était bien prévisible. Il a obtenu 35 sièges suite au vote, mais il peut compter sur l'appui d'une soixantaine de députés, au total. Ceci renforce la situation de M. Andranik Margarian - l'actuel premier ministre - et de M. Serge Sarkissian - actuel ministre de la Défense, qui peuvent envisager, chacun, de conserver leurs fonctions dans le prochain gouvernement.

Le succès d'Orinats Yerkir est également à signaler. Il contrôlera environ 20 sièges à l'Assemblée. Les soutiens dont jouit son dirigeant - Artur Baghdasarian - à l'étranger (et notamment en France) lui ont permis de bénéficier d'aides financières et de conseil d'experts (russes ou occidentaux) en marketing politique.

Un autre gagnant de ce marathon électoral est Ardaruntiun, qui, avec ses quelque 17 mandats, a doublé du point de vue des votants. Cependant, il se considère lésé par la fraude électorale et, par conséquent, ne reconnaît pas les résultats de ces élections.

ARF - Dashnaktsutiun - le Parti traditionnel Arménien - est, quant à lui, un des grands perdants de ces élections. Seule force politique à avoir soutenu pendant cinq années le Président et la politique gouvernementale, il jouissait d'une position de force lui permettant un accès pratiquement illimité à des ressources administratives, financières et informationnelles. Cependant, son nombre d'élus a stagné à onze députés dont, qui plus est, deux sont redevables à l'homme d'affaires Hrant Vardanian. La représentativité politique de ces deux députés est donc mise en cause et un soupçon de clientélisme plane désormais. Ainsi, ce parti pourrait se retrouver sans portefeuille ministériel. Il passera alors dans l'opposition parlementaire, et continuera, vraisemblablement, à soutenir le Président.

Pour le Parti de l'Unité Nationale, ces élections représentent un demi-succès, ou un quasi-échec, c'est selon… L'on enregistre, certes, des progrès par rapport à il y a cinq ans et les dernières législatives. Mais l'on constate une nette baisse par rapport aux 17 % des voix qui s'étaient portées sur son leader lors des élections présidentielles du début de cette année. Le refus d'Artashes Geghamian de soutenir, au deuxième tour des présidentielles, le candidat de l'opposition à l'actuel Président, a décrédibilisé son parti en tant que force d'opposition radicale. Perçu davantage comme "une opposition contrôlée", le Parti de l'Unité Nationale pourrait exiger des positions parlementaires-clés (vice porte-parole, présidence de certaines commissions) et pourrait même - sous certaines conditions - entrer dans le gouvernement.

Les 5 % obtenus par la formation fondée à l' été 2002 par le magnat arménien Gurgen Arsenian - le Parti Uni du Travail - constituent une vraie surprise. Entré tard dans la campagne et en utilisant des procédés simples et efficaces, Arsenian a su se positionner en "homme nouveau". Même si les fonds ne lui ont pas manqué, il ne les a pas gaspillés : il a su les utiliser à bon échéant, en concentrant sa campagne dans les départements où il disposait de véritables chances de réunir des suffrages. Il est utile de le souligner : les 5 % qu'il a obtenus ne sont pas dûs à la bonne volonté du gouvernement, ni à celle du Président.

Les 2,5 % obtenus par le Parti Communiste, en revanche, présagent de sa future marginalisation dans la vie politique arménienne, à moins que ce parti puisse se réformer, et changer de dirigeants.

Enfin, le Parti Ramkavar-Azatakan (RAPA) offre l'exemple éclatant d'un mauvais investissement politique. Fondé par Gagik Abrahamian - un des plus riches hommes du pays - ce parti a bénéficié de fonds en provenance de l'Union des Arméniens de Russie. Cet échec est plutôt dû à la faiblesse du projet politique et la personnalité de M. Ruben Mirzakhanian, chargé de le porter devant les électeurs.

Pour conclure, nous pointerons une des principales conséquences de ces élections : l'affaiblissement de la position du Président. Par ailleurs, il faudra attendre la première session du parlement et la formation du gouvernement pour voir se préciser les orientations que prendra le paysage politique arménien.



Résumé de l'article de David Petrossian, de l'agence arménienne Noyan Tapan - n°21, juin 2003. Traduction Dacia Houllé