Les Karaïme
2003-06-30

Le karaïsme est un secte juive qui a pris son essort à partir de la Crimée . Ses membres les plus connus, à défaut d'être les plus nombreux, se trouvent en Lituanie.

Les Karaïme



N.B. : un karaïte , des karaïme (sans s final)

Le karaïsme a vu le jour en Mésopotamie en 760 en tant que secte dissidente du judaïsme. Son fondateur est un rabbin nommé Anan ben David, un érudit juif de Babylone, et elle fut de ce fait appelée primitivement Ananisme. Il rejeta toute référence au Talmud, se basant uniquement sur l'enseignement de la Torah (les 5 livres de Moïse), et proclama le droit et le devoir de tout juif de pouvoir interpréter la Torah son propre point de vue, sans référence à une quelconque interprétation du rabbinat que sont les écritures de la Mishnah et du Talmud.

Popularisée par des écrits de qualité, la doctrine karaïte s'étendit parmi les communautés juives d'Irak et de Perse, puis gagna les bords de la Mer Noire, pénétrant le khanat des Khazars au début du 10ème siècle (certains les considèrent d'ailleurs comme des descendants des Khazars, mais il ne semble pas que ce soit le cas). Les classes dirigeantes et une partie des tribus turques de Crimée et du Caucase se convertirent à la nouvelle religion, notamment le prince Bulan qui régnait sur le khant de Khazar. Cependant, seule une partie de la population se convertit.

Au cours des années, les Turcs karaïme se sont déplacés et se sont établis en Lituanie, en Pologne, dans certaines régions de l'Ukraine, de Russie (où ils furent souvent mieux traités que les Juifs orthodoxes), de Turquie, et plus récemment en Israël, en France et aux Etats-Unis. En 1795, l'impératrice Catherine II dispensa les Karaïme de Russie du paiement d'une double taxe imposée aux Juifs et les autorisa à acquérir des terres. En 1827, ils furent même dispensés de service militaire, privilège dont ne bénéficièrent pas les Juifs orthodoxes. Les autorités nazies considérèrent en 1939 les Karaïme comme des non-Juifs et ils échappèrent ainsi aux massacres. A la fin de la 2ème guerre mondiale, la seule communauté karaïte de grande importance vivait en Egypte, mais la plupart émigrèrent en Israël après 1956.

L'histoire des Karaïme de Lituanie mérite d'être contée. Le Grand Duc Vytautas, dont l'empire s'étendait de la Baltique à la Mer Noire (englobant les territoires actuels de la Lituanie, de la Pologne, de l'Ukraine et de Crimée), ramena 383 familles karaïme de sa deuxième expédition de Crimée en 1388 pour en faire les gardiens de son château de Trakai (alors capitale du Grand-Duché), alors qu'en Crimée ils vivaient de l'horticulture et du tabac. Une partie s'installa également comme secrétaires, interprètes, cultivateurs et artisans. Les Karaïme qui servaient dans l'armée étaient assimilés aux nobles alors que les autres jouissaient d'une large autonomie. Depuis, cette communauté s'est toujours maintenue à Trakai, a conservé ses coutumes et son langage propre, un dialecte turc du groupe kipchak, et son temple (kenessa) est toujours en fonction. Le 600ème anniversaire de son installation a été largement fêté en 1989.

On estime qu'aujourd'hui le nombre de Karaïme dans le monde est inférieur à 50 000 personnes. L'Etat d'Israël , qui en abrite environ 30 000, les considère formellement comme Juifs, mais tous les Karaïme ne se considèrent pas comme tels. En 1991 on en recensait 800 en Crimée ukrainienne, 280 en Lituanie, 150 en Pologne et une centaine à Moscou. En France, leur nombre est estimé à une centaine à Paris et une vingtaine à Marseille.