L'Ukraine confrontée à une crise du pain (2003)
2012-12-14

La pénurie de blé qui sévit actuellement en Ukraine, jadis grenier à blé de la Russie, est révélatrice des maux d'un pays où les incertitudes économiques et politiques entraînent un dramatique manque d'investissements.

L'Ukraine confrontée à une crise du pain



Le monde à l'envers. L'Ukraine cherche depuis quelques jours(NB : fin juillet) à importer en urgence 200 000 tonnes de blé pour résoudre la pénurie de pain qui frappe le pays. Jadis, elle était le grenier à blé de la Russie, grâce aux fameuses "tchernozium", ces "terres noires" particulièrement propices à la culture des céréales.

Certes, sa production de céréales avait fortement diminué après le démentèlement de l'URSS, facteur de désorganisation et notamment de pénurie d'engrais et de produits pesticides. Mais la production céréalière a nettement progressé grâce aux réformes lancées ces dernières années, notamment la mise en place de prêts bonifiés et de prix garantis relativement incitatifs en juin 2000, ou la privatisation des terres, douze ans après la chute du mur de Berlin.

D'importateur net en 1999, l'Ukraine, aidée par des coûts de revient très bas sur des exploitations de milliers d'hectares, est devenue en 2001 et 2002 un des dix principaux exportateurs mondiaux de céréales, avec des ventes de 9 millions de tonnes, grignotant même des parts de marché dans l'Union Euopéenne et provoquant l'émoi de la Commission.

Un succès fragile cependant, car l'absence d'investissement dans l'économie ukrainienne, due aux incertitudes économiques et politiques, est dramatique. Il manquerait 30 000 moissonneuses, dans un pays où seulement 15 000 sont en état de marche. Les engrais ne couvrent que 15 % des besoins. Le transport de céréales est hors de prix, en raison du monopole dont dispose l'opérateur ferroviaire, Ukrzaliznytya.

Il a donc suffi de quelques semaines d'intempéries détruisant la moitié des semis d'automne , pour que la production recule dramatiquement. L'an dernier, la production de céréales, aurait dépassé 38 millions de tonnes, cette année elle ne dépassera pas 30 millions. Le blé passerait de 21 millions de tonnes à 11 millions de tonnes. Ce qui a poussé depuis le mois d'avril les consommateurs à stocker pâtes et farine, provoquant pénurie et flambée des prix.

Blâmant l'affolement des consommateurs et quelques fonctionnaires accusés d'avoir truqué les chiffres, les autorités envisagent donc d'interdire la publication des prévisions de récoltes de céréles, retour à l'époque soviétique où les données les plus anodines étaient classées secret défense.

En attendant, Kiev doit importer 600 000 tonnes de blé sur l'année. Le Président Leonid Koutchma a appelé son homologue russe pour lui arracher 200 000 tonnes à un prix inférieur au marché, sans autres précisions. Moscou, toujours ravi de montrer son poids économique à son "petit frère" ukrainien, a accepté.



Source

: Les Echos 1er - 2 août 2003