Fortes turbulences aux élections géorgiennes (novembre 2003)
2012-11-14

Les élections législatives géorgiennes du 2 novembre 2003 ont connu de fortes turbulences. À tel point que la clôture du scrutin a été, in extremis, reportée d1une heure dans la capitale Tbilissi et de quatre heures à Kutaisi, la deuxieme ville du pays, où les bureaux ont été fermés à minuit.

Ce report a été dû à des revendications violentes d'électeurs, furieux de ne pas se retrouver sur les listes électorales. Les sondages "sortis des urnes" ont été interdits de publication jusqu'à minuit. De plus, dans la journée, le ministre de l'Interieur a annoncé la découverte d'une cache d'armes destinées, selon lui, à attenter à la vie du Président Chevarnadze. Ces turbulences ont dŒautant plus surpris que les instances internationales (Union Europenne, OSCE, Conseil de l'Europe) et divers pays (Etats-Unis, Russie) ou instituts divers) avaient délégué environ 4.000 observateurs qui, apparemment, n'ont pu empêcher les désordres, malgré les moyens financiers mis à leur disposition. La présence de ces observateurs a même, sans doute, indisposé nombre de Georgiens, peu satisfaits d1être " observés " avec condescendance. D'apres certains Géorgiens, ces observateurs pratiquent une ingérence camouflée, ressentie comme une humiliation.

Selon l'opposition, on a relevé le cas de milliers d1électeurs qui ne figuraient pas sur les listes électorales. Certains bureaux de votes n'auraient même pas été ouverts. La tension est encore montée lorsque des leaders de l'opposition, et notammemt le leader nationaliste Mikhail Saakashvili, ont appelé, en pleine opération de scrutin, à protester devant les bureux de vote si les soupçons de fraude se confirmaiemt. Il est à noter que M. Saakashvili était lui même dans l'équipe Chevernadze lors du précédent scrutin législatif en 1999, qui ne s1était pas déroulé dans les meilleures conditions de clarté.

M. Jemal Gogitidze, député de l'Union Démocratique de la Renaissance, dont l1élection est confirmée à Batumi, nous a déclaré qu1il avait lui même demandé, sans succès, il y a un an, l1établissement de cartes d1identité infalsifiables interdisant de multiples usages d1une même carte pour effectuer plusieurs votes. Un procédé de fraude souvent dénoncé consiste dans la falsification des listes électorales. Pour Mme Nana Devdariani, présidente de la commission centrale des élections, il n1y a pas eu de fraude ... bien que les résultats d1environ 50 bureaux de votes aient été annulés. Pour de nombreux correspondants de presse étrangères en Géorgie, il apparait que les fraudes ont été massives.

Au final, le Conseil de l1Europe a exigé la fourniture de listes électorales précises. Et un premier rapport de l1OSCE devait être rendu public lundi.

Les résultats définitifs ne seront pas connus avant mardi, mais il apparait déjà qu'un grand vainqueur sera Mikhail Saakashvili, qui a capté les voix des mécontents en utilisant une thématique populiste et nationaliste. Le parti du président Chervernadze " Pour la nouvelle Géorgie " semble conserver une forte position, ainsi que le parti nouvellement créé par M. Zvania, ex vice-président du Parlement. On peut se demander si ces trois partis ne vont pas constituer un nouvel axe politique, ce qui montre l1extraordinaire aptitude à survivre d1un vieux routier de la scène internationale.

Reste que les problèmes géorgiens demeurent entiers, notamment sur le plan économique et social où la situatuion reste critique, qu'il s'agisse du problème de la dette internationale, du paiement des fonctionnaires, du service des retraites. Autre problème en suspends et qui conditionne le développement du commerce et de l'emploi géorgien : celui de l1instauration ou non d1une zone franche sur le site du port de Batumi, capitale de l1Adjarie.

Cette région, qui cultive un très fort particularisme est representée par six deputés élus dans les six circonscriptions d'Adjarie. Tous appartiennent au Parti du renouveau, présidé par Aslan Abashidze, également président de l1Adjarie. Le port de Batumi se trouve de fait inclus dans un contexte politique tendu. D'ailleurs, les députes Adjars avaient demandé, sans obtenir autre chose qu'un refus non motivé, que le statut de zone franche soit reconnu pour l'ensemble de la zone portuaire.

L'enjeu est d1importance, quand on sait que le port de Batumi est la principale voie d1accès depuis la mer Noire au marché caucasien et à l1Asie centrale. Ce statut a été reconnu par le programme TRACECA ([URL : www.traceca.org]) de l1Union Européenne. La création d1une zone franche dans cette partie du monde qui n1en accueille quasiment aucune représente une véritable opportunité non seulement pour la région mais encore pour la Géorgie et l1ensemble de la sous-région.

La vocation de la Géorgie est d'être un pays de transit entre l'Europe et l'Asie, acteur du commerce eurasiatique illustre par le route de la soie et Marco Polo.

Joel Broquet, Eric Melenec ACIP (Analyse-Commentaire-Informations-Presse), depuis Batumi (Géorgie)