Relations extérieures russes (avril 2003)
2011-12-21

La Russie, à l'instar de la plupart des autres pays, rejette l'idée d'un leadership mondial unique. L'ordre mondial du XXIème siècle, estime-t-on à Moscou, doit reposer sur les mécanismes de la solution collective des problèmes cardinaux. Il s'agit, avant tout, du problème de la dissémination des armes de destruction massive et de leurs vecteurs, des conflits armés locaux et régionaux, non réglés ou potentiels, de la montée du terrorisme international, du crime transnational organisé, du trafic d'armes et de drogue. L'Organisation des Nations Unies doit, de l'avis des dirigeants russes, demeurer le centre de régulation des relations internationales, et toute tentative de rabaisser ou d'ignorer le rôle de l'ONU et de son Conseil de sécurité dans les affaires internationales n'est pas recevable.

La priorité numéro un de la politique extérieure russe demeure le développement des liens bi et multilatéraux au sein de la CEI. Ces derniers temps, les questions de l'intégration économique à l'intérieur de cet espace occupent une place primordiale. Il s'agit, entre autres, de la création d'une zone de libre échange à l'échelle de la Communauté. Il se constitue, en outre, une série d'unions corporatives de production et de vente, dont le consortium gazier russo-ukrainien, formé au mois d'octobre 2002, est un exemple. Il n'est pas exclu que l'Ukraine et la Moldavie rejoignent bientôt la Communauté économique eurasiatique, composée de la Russie, du Kazakhstan, de la Biélorussie, de la Kirghizie et du Tadjikistan, communauté qui est devenue en quelque sorte la locomotive des processus d'intégration au sein de la CEI.
La lutte conjointe contre le terrorisme international est devenue un autre axe de la collaboration entre la Russie et les Etats-Unis, mais aussi avec l'Occident plus globalement. La destruction, par la coalition antiterroriste, des bases terroristes sur le territoire de l'Afghanistan a permis d'éliminer la menace directe qui pesait sur la sécurité de la Russie et de ses partenaires au sein de la CEI. La Russie n'a, ce faisant, développé aucune "allergie" au transfert de contingents militaires étrangers sur le territoire des Etats d'Asie centrale, où ils ont stationné durant la période de l'opération antiterroriste. La création, lors du sommet de Rome, en mai 2002, du Conseil Russie-OTAN découle, elle aussi, de la compréhension d'une communauté d'intérêts dans le domaine de la sécurité.

La Russie accorde également une importance prioritaire au développement de relations de partenariat avec l'Union européenne. Tout en considérant l'élargissement de l'UE comme une composante objective de l'évolution de l'Europe, la Russie a l'intention d'obtenir que ses propres intérêts soient pris en compte. Un grand pas dans cette direction a été fait lors du sommet Russie-UE, qui s'est déroulé à Moscou au mois de mai 2002, et qui a examiné un document sur la formation d'un espace économique européen commun, lequel a entériné un rapport sur la coopération dans le secteur énergétique.
En tant que puissance eurasiatique, la Russie conduit une politique extérieure active sur l'axe Asie-Pacifique. Un événement important, sur ce plan, a été l'organisation formelle, à Saint-Pétersbourg au mois de juin 2002, de l'Organisation de coopération de Shanghai dont fait partie la Chine, en plus de la Russie et de quelques républiques issues de l'ex-URSS.

(Source : Ambassade de la Fédération de Russie en France)

Le retour de la Russie dans son "espace naturel"



L'irrésistible ascension de Vladimir Poutine n'a pas produit ses effets que sur la scène intérieure russe. Ils sont également visibles sur le plan de la politique extérieure. Il n'est un secret pour personne que le successeur de Boris Eltsine a l'ambition de restaurer la grandeur russe. Cet objectif a ses limites - pour le moment - sur le plan mondial, compte tenu de la toute-puissance américaine et de l'étroitesse de l'économie russe. Aussi le Kremlin a-t-il concentré, dans un premier temps, l'essentiel de ses efforts diplomatiques sur ce que l'on pourrait appeler son "espace naturel", à savoir les pays de l'ancienne URSS - à l'exception des Pays Baltes, dont l'évolution vers l'Occident parait irréversible. Cette stratégie porte sur trois "régions" particulières de l'actuelle CEI :
- Dans les pays slaves voisins de la Russie, on voit se préciser une stratégie "panslaviste" visant à créer un axe de solidarité politique et économique fondé sur la proximité géographique, culturelle et idéologique. Le symbole de cette stratégie est l'Union russo-biélorusse, dont le chantre est Alexandre Lukachenko. Même si ce dernier agace considérablement le nouveau maître du Kremlin, la détermination que met le président biélorusse à s'unir, coûte que coûte, à son grand voisin ne peut que gagner le cœur des Russes. Le principal obstacle à l'extension de cette Union, jusqu'à présent, est l'Ukraine. La réélection de son président, Leonid Koutchma - dont la prise de distance à l'égard de Moscou est connue - a été incontestablement une déception pour les dirigeants russes et biélorusses.
Aussi le Kremlin surveille-t-il de près l'évolution de la situation politique ukrainienne avec le secret espoir de le voir remplacer par un dirigeant plus conforme à ses vues. La dernière cause de satisfaction du président russe dans cette région a certainement été la victoire du communiste Voronine - plus proche de Moscou que son prédécesseur - lors de la dernière élection présidentielle de Moldavie.
- Dans le Caucase, le retour de la Russie ne manque pas d'interroger les stratèges géopolitiques, ainsi que les acteurs politiques arméniens, qui s'inquiètent du rapprochement de Moscou avec Bakou. On se souvient en effet des liens privilégiés que la Russie entretient avec l'Arménie depuis plus de 10 ans. La diplomatie russe, à la fin des années 80, avait en vain tenté d'établir son emprise sur l'Azerbaïdjan, dans le but, notamment, de contrôler l'accès au pétrole de la Caspienne. Rejeté par les dirigeants azerbaïdjanais de l'époque, Moscou s'était lancé à fond dans l'appui à l'Arménie, notamment à l'occasion du conflit du Haut-Karabagh. L'Azerbaïdjan est alors apparu comme un pays anti-russe et pro-occidental. Le rapprochement intervenu en 2001 entre les présidents Poutine et Aliev répond au désir du nouveau maître du Kremlin de renverser la tendance et de rétablir des liens plus "normalisés" avec un pays qui, somme toute, fait partie de la CEI. Les autorités d'Erevan ont fini par l'admettre et proclament que ce rapprochement ne peut que "servir la cause de la paix ", d'autant qu'il ne remet pas en cause les liens privilégiés que la Russie entretient avec l'Arménie. Avec la Géorgie, la stratégie de "retour" de la Russie prend une forme moins cordiale. L'hospitalité que le pays a offert aux réfugiés tchétchènes, ainsi que la coopération militaire de Tbilissi avec les Etats-Unis, irritent profondément les autorités russes. Aussi la pression de Moscou sur Tbilissi prend-elle un tour de plus en plus prégnant. Il est clair que Chevarnadze dérange plus que jamais les desseins du Kremlin dans cette région.
- En Asie centrale, l'offensive de charme de la Russie est patente. Pendant les dix dernières années, les dirigeants des cinq pays de la "route de la soie" ont eu pour principale préoccupation de construire leur identité nationale et de prendre leurs distances à l'égard de tout "grand frère", qu'il soit russe ou turc. Cet objectif étant atteint, les dirigeants d'Asie centrale sont préoccupés de développer leur économie et de résister aux assauts du fondamentalisme religieux. Sur le plan économique, l'Europe, et encore plus l'Amérique, sont loin. La Russie reste encore un partenaire privilégié en matière énergétique et minière. Dans le domaine de la sécurité, les troupes russes constituent des gardes-frontières incontournables. Aussi a-t-on pu, ces dernières années, observer des rapprochements significatifs entre la Russie et certains pays d'Asie centrale, jusque-là frileux dans leurs relations avec Mocou. Comme le titrait Marie Jégo, dans un article du Monde paru le 28 juillet 2000, on assiste à un "retour de la Russie en Asie centrale".
Certes, toutes ces grandes manœuvres ne sauraient avoir pour but de rétablir "l'empire russe". Poutine est trop pragmatique pour ne pas tenir compte des considérables évolutions sociologiques et stratégiques qui se sont produites ces dernières années dans l'ancienne URSS. Mais on ne peut s'empêcher, à la lumière de toutes ces offensives diplomatiques, de penser à une volonté de "forte présence" de la Russie, par la carotte ou le bâton, dans ce qu'elle considère comme son "espace naturel". Cette politique reçoit, de surcroît, la bienveillance ou la complicité de l'Occident, qui voit en la Russie le "gendarme" de cet ensemble de régions, dont l'explosion serait catastrophique sur le plan géostratégique. Cela explique la "retenue" dont font preuve l'Union Européenne et les Etats-Unis à l'égard des opérations menées par l'armée russe en Tchétchénie, alors que la communauté internationale serait intervenue depuis longtemps - comme au Golfe ou au Kosovo - s'il ne s'était pas agi d'une "affaire intérieure" d'un pays disposant d'un droit de veto au Conseil de sécurité de l'ONU. Hervé Collet.

Le rapprochement russo-américain



Depuis le 11 septembre 2001, Moscou et Washington ont concrétisé un rapprochement esquissé en 1992, après l'effondrement de l'Union soviétique. C'est dans la lutte contre le terrorisme, en Asie centrale, que cette coopération est la plus affirmée. Parce que Bush et Poutine ont des intérêts communs.
Depuis janvier 2001 et l'arrivée de George Bush à la Maison-Blanche, les Etats-Unis se sont unilatéralement retirés du traité ABM de 1972, architecture de l'équilibre stratégique entre les deux "grands". Ils ont déployé des troupes en Géorgie, au Kirghizistan, ou en Ouzbékistan. Ils ont accueilli dans l'Otan sept nouveaux pays issus du défunt Pacte de Varsovie, ou de l'URSS elle-même, de telle sorte qu'aujourd'hui les forces de l'Alliance atlantique sont à portée de voix de Moscou.
Comment la Russie a-t-elle réagi à cet apparent regain d'agressivité ? Avec sérénité et satisfaction ! Pourquoi ? Parce que la Russie s'est considérablement rapprochée de l'Occident. Elle est même liée à l'Otan depuis le 28 mai 2002, comme partenaire siégeant au sien d'un conseil Otan-Russie avec les mêmes droits et prérogatives que les autres membres.
Ce rapprochement, que certains, comme l'écrivain américain Gore Vidal, avaient pressenti dès la Perestroïka de Mikhaïl Gorbatchev, est devenu une réalité en grande partie à travers la nouvelle coopération des présidents Bush et Poutine. Une "incroyable alliance", selon les termes de notre confrère Pierre Lorrain, qui n'est pas une simple liaison de circonstances. (...)

La Russie réintègre la communauté internationale



Poutine était persuadé que la Russie devait "réintégrer le monde". Parce que son isolement avait engendré un retard de développement. Et parce qu'il avait quelque chose à offrir pour financier son rattrapage économique : du pétrole.
C'est ce qu'il indiqua à George W. Bush, fraîchement élu, lors de leur première rencontre officielle, à Ljubljana en Slovénie, le 16 juin 2001. Avec deux propositions concrètes. Un : plutôt que de se faire concurrence, la Russie et l'Amérique devraient exploiter les ressources de la Caspienne et de l'Asie centrale conjointement. Deux : la Russie pouvait faire contrepoids à l'Opep, voire libérer les Américains de leur dépendance vis-à-vis du Golfe en devenant un de leurs fournisseurs stables. Cette proposition s'est depuis concrétisée avec des livraisons de la compagnie Yukos et le projet d'un terminal pétrolier géant à Mourmansk pour des supertankers à destination des Etats-Unis.
De son côté, George W. Bush avait multiplié les signes d'ouverture : "Il est temps de laisser la guerre froide derrière nous et de se défendre contre les nouvelles menaces du XXIe siècle..." Une fois élu, il répéta sa position : "La Russie d'aujourd'hui n'est pas l'Union soviétique d'hier. Son gouvernement n'est plus communiste. Son président est élu. Ce n'est pas notre ennemi ". Il était clair que les Etats-Unis n'avaient plus grand-chose à craindre de la Russie. Elle n'avait ni les moyens ni le désir de provoquer son vieux rival. La menace nucléaire ne venait plus de l'Est, mais de la prolifération et de son obtention à des fins terroristes par des "Etats voyous".

(Extraits de l'article de Gérald Olivier "Les aventuriers de la nouvelle alliance", in Spectacle du Monde n° 486 de janvier 2003, pp. 48 à 54)




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