La fin de la coalition DOS marque un tournant de la vie politique serbe (2003)
2013-01-03

Pour la troisième fois consécutive, le scrutin en vue d'élire le président de la République serbe, le dimanche 16 novembre 2003, a été annulé faute de quorum.

Le seuil exigé par la Constitution est en effet de 50 % de participation. Or, 38,7% seulement des inscrits ont voté. Ce taux d'abstention recors est dû à deux facteurs :
- Tout d'abord, la lassitude des électeurs, démobilisés par la lutte incessante que se livrent les deux grandes formations qui ont triomphé de Milosevic en octobre 2000, à savoir le Parti démocrate (DS) de l'ancien premier ministre Djindjic et le parti Démocratique de Serbie (DSS), dont le président est M. Vojislav Kostunica
- Ensuite, et surtout, les consignes (discrètes) d'abstention de la part du DSS, qui a ainsi rendu à la DOS - en particulier au DS - la monnaie de sa pièce : Kostunica n'avait pas, lui-non plus obtenu de quorum lors de la première élection présidentielle, où il avait pourtant recueilli plus de 50 % des suffrages exprimés. Le DSS n'a pas présenté de candidat lors de l'échéance du 16 novembre, mais il n'a pas pour autant soutenu le candidat présenté par la DOS, M. Dragoljub Micunovic, ancien président de l'Assemblée fédérale. Celui-ci, par contrecoup, s'est retrouvé avec 35,4 % des voix.

Ce « combat des chefs » a profité au candidat ultra-nationaliste, Tomislav Nikolic, membre du SRS de Vojislav Seselj, qui a atteint le taux inégalé de 46,2 % des suffrages exprimés, compte tenu de l'abstention d'une grande partie électeurs « démocrates » (mais ce score ne représente que 17 % de l'électorat, qui compte 6,5 millions de personnes inscrites).

Ce résultat a aggravé la crise politique qui mine la Serbie depuis plus de deux ans et a achevé de faire exploser la DOS. Cette coalition, constituée au début de l'année 2000 par 18 partis et des ONG avait renversé Slobodan Milosevic le 4 octobre de la même année. Mais assez vite (juin 2001), le DSS s'en était retiré, après le transfèrement de Slobodan Milosevic vers le Tribunal pénal international (TPI), entraînant dans son sillage quelques petits partis de tendance conservatrice. Le piètre score de Dragolub Micunovic a montré l'ampleur du désastre résultant de la « mésentente cordiale » entre les vainqueurs de Milosevic et mis en évidence la nécessité d'une recomposition politique. Aussi la DOS a-t-elle logiquement annoncé sa dissolution le 18 novembre, deux jours après le « Waterloo » de l'élection présidentielle.

"La DOS a accompli sa mission historique (la chute de Milosevic) et l'on peut considérer comme un miracle le fait qu'une telle coalition ait pu fonctionner" aussi longtemps, a souligné M. Micunovic, au terme d'une réunion au cours de laquelle a été officialisée la dissolution.

La dissolution de la DOS intervient à moins de six semaines des élections législatives anticipées convoquées pour le 28 décembre par la présidente intérimaire, Mme Natasa Micic, elle-même membre de la DOS. Cette échéance revêt d'autant plus d'importance que le Parlement a été dissous le 13 novembre. Le gouvernement de M. Zoran Zivkovic, successeur du premier ministre assassiné le 12 mars 2003, assure les affaires courantes. Il avait essayé de retarder le plus possible la date des élections, dans la crainte de voir triompher ses principaux opposants : le DSS de Vojislav Kostunica et un nouveau parti, issu de la DOS, le G17+, composé en grande partie d'experts écomiques et présidé par M. Mirojub Labus. Ces deux formations n'excluent pas de former une coalition post-électorale en vue de former un gouvernement commun. Les observateurs attendent du scrutin du 28 décembre une clarification du débat politique et l'engagement de la Serbie dans la voie des réformes, retardées par les stériles luttes politiques qui ont marqué la période de l'après-Milosevic (cf. [URL : article910]).