La Serbie après Milosevic (2003)
2013-01-03

Au lieu de réformer les structures principales de l'Etat dans les services de la justice, de la police, de l'armée et de la sécurité, les deux principaux hommes politiques qui ont remplacé Milosevic, Djindjic et Kostunica, ont passé le plus clair leur temps à s'opposer dans un combat politique épuisant au cours des deux dernières années.

Finalement, les agents des services de sécurité, avec l'aide de personnes du crime organisé, ont réussi à assassiner le Premier Ministre Djindjic, le 12 mars 2003. La période des deux années et demie après Milosevic peut être le mieux décrite comme étant celle des querelles constantes entre les deux partis principaux issus de l'ancienne DOS - le parti démocratique (DP) et le parti démocratique de Serbie (DSS).

La situation chaotique dans le système judiciaire et dans les médias privés et « indépendants » - qui sont encore dépendants et influencés par les politiques - le crime organisé qui continue son action et même prospère, tous ces points se sont ajouté aux problèmes de cette période.

Le début de 2003 a été marqué par la lutte entre les deux principaux gangsters - Milorad Lukovic-Legija, aujourd'hui le principal suspect dans l'assassinat du Premier Ministre Djindjic, et Ljubisa Cume-Buha, s'accusant mutuellement de pratiquement tous les assassinats politiques du passé, y compris les meurtres du précédent président Ivan Stambolic, de l'éditeur Slavko Curuvia et la tentative d'assassinat de Vuk Draskovic sur l'autoroute Ibar lau cours de laquelle quatre personnes de son parti ont été tuées.

Quelques jours avant le nouvel An 2003, au centre de Belgrade, les agents de Legija ont détruit de l'équipement coûteux et des véhicules appartenant à Buha. Etonnamment, rien ne s'est passé après ces faits en termes d'investigation policière, en dépit du fait que l'explosion a sorti de leur sommeil au minimum un demi-million d'habitants.

Vu d'un autre côté, plus positif, on peut dire qu'après que Milosevic ait été renversé, la Yougoslavie a tout de même conservé son appartenance à l'ONU, ses frontières avec les pays voisins ont été ouvertes, le dinar (monnaie courante) est devenu relativement stable. Le pays a été admis au Conseil de l'Europe et a demandé son adhésion au Partenariat pour la paix.

Egalement, Milosevic a été extradé à La Haye et les premières grandes sociétés ont été vendues aux investisseurs étrangers. Après une forte pression de l'Ouest, la Serbie et le Montenegro ont finalement finalement proclamé une nouvelle Union.

Après l'assassinat du Premier Ministre, la police a lancé une grande action au cours de laquelle la plupart des criminels impliqués dans le meurtre de Djindjic ont été soi-disant arrêtés ou tués et l'unité de police spéciale, responsable de presque la plupart des meurtres politiques en Serbie au cours des dernières années, a été démantelée.

La police a finalement accusé plusieurs membres de ces unités spéciales du meurtre du précédent Président de Serbie, Ivan Stambolic. Une action de police couronnée de succès, le départ à La Haye du chef d'extrême droite Vojislav Seselj ont créé un nouveau climat politique en Serbie qui devrait marquer un nouveau départ vers la démocratie en Serbie.

Dans cet article, je vais essayer de montrer comment la situation politique en Serbie s'est développée ces deux dernières années à travers le combat entre les deux principaux partis de la coalition dominante, l'Opposition Démocratique de Serbie (DOS) : le Parti démocratique et le Parti démocratique de Serbie. Ensuite, j'essaierai de répondre à la question de la direction politique que la Serbie va choisir en 2003, suite au meurtre du Premier Ministre serbe.

Le combat pour le pouvoir en Serbie



Les deux dernières années, la situation politique en Serbie a été marquée par la lutte des deux plus forts partis de la DOS, le parti démocratique et le parti démocratique de Serbie. Une série de conflits entre les deux partis ont dominé la scène politique. Ces conflits ont dégénéré lors de la campagne présidentielle en septembre 2002, quand Djindjic a accusé Kostunica de ruiner l'image du pays dans le monde, et Kostunica a accusé Djindjic de « colombisation du pays ».
Regardons comment tous ces conflits ont démarré et se sont développés dans le temps.

D'abord au printemps 2001. Le parti démocratique de Serbie a accusé le Premier Ministre serbe Djindjic d'être impliqué dans la contrebande de cigarettes, puis dans l'affaire tragique Gavrilovic (ancien membre de la police secrète), qui fut tué quelques heures après avoir rendu visite au président Kostunica à son bureau.
Après cela, le parti démocratique de Serbie a accusé le parti démocrate du scandale de la falsification de bulletins de vote au Parlement serbe. Le conflit s'est développé encore davantage avec la démission en décembre 2001 de Dragan Marsicanin, président du Parlement et membre du parti de Kostunica.
Après cette démission, le parti démocratique de Serbie a voté la Loi sur le Travail qui était, juste quelques jours auparavant, la raison principale du différend politique entre les partis de Kostunica et Djindjic.

Cependant le calme n'a pas duré, le conflit s'est accru au début de janvier 2002 quand le Ministre Mihailovic, allié au Premier Ministre Djindjic, accusa le parti de Kostunica de créer des scandales, soulignant que « depuis l'année passée il n'y avait pas un seul scandale politique en Serbie dans lequel soit les financiers ou soit les membres du parti démocratique de Serbie n'étaient pas impliqués, de l'affaire Gavrilovic à l'affaire Delimustafic ». Delimustafic était ministre de l'Intérieur dans le précédent gouvernement d'Alija Izetbegovic en Bosnie-Herzégovine et fut arrêté en Serbie et extradé en Bosnie-Herzégovine plus tard.

La plus dangereuse bataille interne est celle pour le contrôle de la police secrète. La décision du Premier Ministre Djindjic de se mettre « temporairement » à la tête du dénommé « Conseil pour la Sécurité de l'Etat » semble très controversée.
En dehors de contrôler la police secrète, ce conseil doit gérer les situations de crise, combattre le terrorisme et donner son approbation pour l'utilisation des forces spéciales.

C'est pourquoi, au lieu d'instaurer un contrôle parlementaire sur la police secrète, comme la DOS l'avait promis, la Serbie s'est dotée d'un organisme exécutif (émanant du gouvernement serbe) « contrôlant » un autre organisme exécutif, la police. La vraie raison de cette création d'un Conseil pour la Sécurité de l'Etat est le souhait du Premier Ministre d'obtenir un plus grand contrôle sur la police secrète serbe.
Cette décision a provoqué l'inquiétude du public. Les doutes et les soupçons sur la sincérité de Djindjic au sujet de l'introduction du contrôle parlementaire sur la police, ainsi que sur sa promesse d'effacer la police secrète de la politique, se sont accrus.
Aussi, en créant ce Conseil pour la Sécurité de l'Etat, Djindjic a prolongé sa dangereuse habitude, rappel du comportement de Milosevic, de court-circuiter les institutions légales et de constituer des structures de pouvoir parallèle sans contrôle aucun du Parlement.

La réponse de Kostunica à la tentative de Djindjic d'imposer un contrôle complet sur la police fut de reporter les discussions sur les réformes sérieuses dans l'armée. Il retarda spécialement le limogeage de généraux comme le chef du personnel de l'armée yougoslave Nobojsa Pavkovic et plus tard, le général Aco Tomic, chef la police secrète de l'armée.
En dépit des protestations venant des démocrates en Serbie, ainsi que de la communauté internationale, Kostunica a conservé un peu plus de deux ans à son poste le général Nebojsa Pavkovic, un des principaux piliers du régime de Milosevic. Il semble que l'armée et la police secrète soient juste des instruments dans lutte pour le pouvoir, mais d'un autre côté les officiels de l'armée et de la police secrète de l'époque de Milosevic utilisent Kostunica et Djindjic pour leurs propres intérêts, cherchant à éviter le Tribunal de La Haye et la responsabilité pour leur implication dans les meurtres des opposants politiques de Milosevic.

Ayant ceci à l'esprit, il n'est pas du tout surprenant que les conflits entre Djindjic et Kostunica ont connu leur apogée au cours du printemps 2002, avec les affaires des deux généraux, Momcilo Perisic et Nebojsa Pavkovic. Après avoir été suivi pendant plus de six mois par la police secrète de l'armée, le général Perisic, vice-président du gouvernement serbe, a été arrêté par la police de l'armée et accusé de remettre un document secret d'Etat à un diplomate américain. Après plusieurs jours, Perisic démissionna. Il avait pris le parti de Djindjic dans les conflits politiques serbes récents. C'est ainsi que sa démission fut considérée comme la première victoire de Kostunica sur Djindjic après le 5 octobre.
Dans le sillage de cette affaire, Kostunica arriva à restaurer une partie de son autorité sapée.
Pour les gens, le signe le plus important été le comportement du général Aco Tomic, chef du service de sécurité de l'armée qui, contrairement à l'esprit de la Constitution, refusa de donner des informations sur l'arrestation du général Perisic au Premier ministre fédéral, au Premier Ministre serbe et au ministre de la défense, en attendant que les Kostunica, partis à l'étranger, reviennent au pays. Ce fut une démonstration spécifique du pouvoir de l'armée yougoslave, mais cet événement montra aussi aux gens qui est réellement le chef de l'armée.

Une autre attaque a été lancée par Kostunica en juin 2002 quand, utilisant ses droits constitutionnels larges et troubles, il remplaça le général Nebojsa Pavkovic, comme chef du personnel. Pavkovic s'était rapproché depuis mars 2002 de Djindjic. Kostunica le remplaça par le général Branko Krga. Par cet acte, Kostunica voulait montrer sa force politique, comme il l'avait manifestée dans l'affaire Perisic, et il confirma qu'il avait encore quelque pouvoir et autorité en sa possession.

L'affaire Pavkovic ouvrit un autre dossier - une nouvelle affaire dans laquelle Kostunica accusa Djindjic de l'espionner et Djindjic à son tour accusa Kostunica et son cabinet de préparer l'exécution d'une attaque armée contre le bureau du gouvernement serbe avec les forces de l'armée fédérale. Après son échec en vue de créer une commission de l'Assemblée fédérale visant à enquêter sur « l'affaire Pavkovic », Djindjic créa la même commission au Parlement serbe dans le seul objectif de discréditer Kostunica et de réduire les chances de ce dernier dans la course à la future présidentielle en Serbie.
Dans cette campagne contre Kostunica, Djindjic, un peu à la manière de Milosevic dans les années 90, mit tous les medias sous son contrôle, spécialement les très influentes stations de télévision privées.
L'attaque la plus forte de Djindjic contre Kostunica se déroula en mai 2002, quand il décida de retirer 21 mandats du DSS dans l'Assemblée serbe. Dans ce but, il suggéra au président de la DOS de prendre la décision d'écarter 50 des membres du Parlement (incluant 21 députés du DSS) sous le motif qu'ils ne se rendaient pas régulièrement à leur travail. En clair, ils ne passaient pas suffisamment de temps au Parlement. Cette décision fut parmi les plus controversées de la vie politique serbe depuis le 5 octobre.

À la suite de cet ajustement, le Parti démocratique de Serbie se retrouva avec 10 parlementaires de moins qu'auparavant. La réaction des experts, des commentateurs et des journalistes fut presque unanime. Ils établirent que la décision de la DOS de supprimer 50 mandats du DSS était contraire à la loi régissant le statut des parlementaires et qu'elle n'était qu'un pretexte pour permettre à Djindjic d'établir une majorité stable au Parlement en volant les mandats du DSS.

Le sociologue Djordje Vukadinovic décrit cette action de la DOS comme un « coup d'Etat rampant ».
Le DSS porta cette affaire devant la cour constitutionnelle fédérale, où une décision fut prise selon laquelle le retrait des 21 mandats du DSS était illégal et que ces députés devaient faire leur retour au parlement. Juste un jour après que cette décision ait été rendue publique, la commission administrative de l'assemblée serbe, en vertu d'une nouvelle décision de la présidence dela DOS, décida que l'ensemble des 45 mandats du DSS au Parlement serbe devait être retiré. Les conséquences de cette décision de la commission administrative du parlement serbe sont nombreuses. D'abord, elle sape l'autorité du système judiciaire en Yougoslavie et en Serbie, qui sont déjà très faibles. Ensuite, cette décision de limoger 45 parlementaires du DSS du parlement serbe change directement la volonté politique du peuple serbe, car sa mise en œuvre signifie que le parti politique le plus puissant, dont le leader politique a battu Milosevic, n'aurait aucun membre au Parlement. Enfin, comme il est évident que cette décision est illégale, toutes les lois qui ont été votées au Parlement depuis sa prise de fonction et à l'avenir peuvent être considérées comme manquant de légitimité. Ceci peut être très dangereux, à l'égard des investisseurs étrangers, car personne ne peut prédire ce que sera la politique du nouveau gouvernement, après que la DOS soit partie, concernant des lois introduites pendant cette période du gouvernement de Djindjic.
En définitive, contrairement à l'intention du groupe de Djindjic, cette décision précipita les décisions à l'intérieur de la DOS et relança les discussions sur des élections anticipées, exactement ce que Djindjic voulait éviter. Par exemple, Nebojsa Covic, vice-premier ministre, déclara « des élections fédérales, de même que des élections anticipées au Parlement serbe sont nécessaires ».
Cependant, le DSS n'a pas réussi à donner une réponse plus ferme à la situation. Au lieu d 'essayer d'impliquer la communauté internationale dans ces crises, ce qui aurait été la seule vraie réponse à un tel changement radical de la part de Djindjic, le DSS laissa reposer ses espoirs sur la confiance que les tribunaux lui rendraient ses mandats.
Finalement, en novembre 2002, la DOS et le DSS arrivèrent à un semblant d'accord temporaire, selon lequel le DSS serait obligé de soutenir les lois réformistes du gouvernement au Parlement serbe en échange d'une rétrocession de ses mandats. Les conflits entre ces deux partis continuèrent dès le lendemain, mais le DSS garda ses mandats. De cette manière, Djindjic trouva un moyen élégant de sortir de cette situation politique envenimée dans laquelle il s'était fourré, après avoir fait une grosse erreur politique
En analysant certains des conflits intervenus entre Djindjic et Kostunica, le commentateur politique Slobodan Antonic a dit "Il semble que toutes ces crises politiques ont une règle" Cela commence toujours avec une attaque du DSS sur le Parti démocratique. Dans un deuxième temps, le Parti démocratique se défend. Dans un troisième temps, le Parti démocratique attaque le DSS en l'accusant d'être en coalition avec les partis de l'ancien régime, et finalement la situation semble se calmer, et le parti de Djindjic acquiert ainsi de plus en plus de pouvoir en Serbie.
Aussi devient-il de plus en plus manifeste que Kostunica, avec son indécision et son manque d'initiative politique, est en train de laisser de plus en plus d'espace politique au Premier Ministre Djindjic.

Il apparaît que la tactique sans succès de Kostunica est toujours la même. Il annonce le problème : contrebande de cigarettes, meurtre de Gavrilovic ou mauvais usage des bulletins de vote au Parlement. Ensuite, il semble qu'il n'a pas suffisamment d'arguments et il s'arrête.
Tous ces conflits visibles ne sont qu'un masque autour des principaux et vrais conflits politiques et stratégiques entre les deux plus importants partis de Serbie. Le Parti démocratique est pour une entrée plus rapide de la Serbie dans l'Union Européenne, une privatisation rapide et une coopération complète avec le tribunal de La Haye.
D'un autre côté, le Parti démocratique de Serbie, bien qu'il désire aussi une entrée rapide dans l'UE, a quelques réserves vis à vis des intentions de la communauté internationale, particulièrement des USA, et est contre une coopération pleine et totale avec le tribunal de La Haye.
Sur le plan politique, le parti démocratique de Serbie n'a pas été satisfait de sa participation au pouvoir exécutif de Serbie, qui est en totale disproportion avec son pouvoir politique réel. Il avait seulement deux postes dans le gouvernement serbe jusqu'au 17 août 2001, quand les deux membres du DSS ont démissionné. En même temps, Djindjic n'est pas prêt à donner au DSS les postes les plus importants qu'ils demandent ; les ministères de l'Intérieur et de la Justice.

Il semble que Kostunica a perdu de son vif élan il y a un an quand il était au sommet de sa popularité et quand il a accordé à Djindjic tous les postes importants dans le gouvernement serbe. Entre ces deux principaux partis au sein de la DOS, se trouvent quelques petits partis qui sont contre la demande de Kostunica en vue de nouvelles élections, car aucun d'entre eux ne peut, dans le système électoral, présent dépasser le seuil requis et entrer seul au parlement.
Tous ces petits partis ont leurs "petits intérêts et exigences" et ils savent que la stabilité du gouvernement de Djindjic dépend d'eux. Ceci signifie que la majorité de Djindjic est très instable et peut être changée à tout moment si un des leaders de ces petits partis devient mécontent. Comme l'analyste politique, Vladimir Goati, le déclare, "ce gouvernement sera toujours sensible aux demandes des petits partis au sein de la DOS. C'est un gouvernement instable, et vous ne savez jamais quand certains de ces petits partis vont demander quelque chose et quand ce gouvernement se retrouvera en minorité".


Prévisions pour 2003



Les combats au sein de la DOS ont détérioré sérieusement la position des deux partis majoritaires au sein de la coalition au pouvoir. Mais, le plus important est que ces combats diminuent l'intérêt et la confiance des investisseurs étrangers. Récemment, le coordonnateur du Pacte de Stabilité, Erhard Busek, a souligné que : « la situation politique et économique à Belgrade est très instable et ce manque de solutions politiques met en danger les réformes économiques ». Deux ans et demi après Milosevic, au début de 2003, la Serbie fait face à de nombreux sérieux problèmes politiques et sociaux : le Premier Ministre a été assassiné, la Serbie n'a toujours pas de président, les problèmes de coopération avec le tribunal de La Haye (spécialement en ce qui concerne les arrestations de Karadjic et Mladic), la nécessité de changer la constitution de Milosevic et le problème du Kosovo.

Pour résoudre au moins un des problèmes politiques clés - l'élection du président serbe - les politiciens serbes ont raté l'occasion à la fin 2002. Kostunica a gagné deux fois, la première fois, en septembre/octobre et la deuxième en décembre, mais lors des deux élections, il y eut moins de 50 % de votes et selon la Constitution serbe, si moins de 50 % des électeurs votent, les élections sont nulles et doivent être réorganisées.

En octobre, Kostunica a gagné contre Miroljub Labus, représentant de Djindjic, avec 66 % contre 31 %, et en décembre, il a gagné contre le politicien d'extrême droite Vojislav Seselj avec le score de 57 % contre 36 %, mais là encore , moins de 50 % de personnes étaient allés voter.
Pendant sa campagne, Kostunica a déclaré que Djindjic était plus voleur que Milosevic et il l'a blâmé pour « la colombisation de la Serbie ». A la veille des élections présidentielles, les politiciens serbes influents et les membres de la DOS, comme Nobojsa Covic, vice-premier ministre du gouvernement serbe, Dragoljub Micunovic, président de l'assemblée fédérale et Miodrag Isakov, vice-président du gouvernement serbe, sont sortis de la neutralité et ont pris le parti de Kostunica, mais sans succès. Après son échec à l'élection présidentielle, Kostunica a essayé de renverser le gouvernement de Djindjic devant le Parlement serbe à la fin 2002, mais il a de nouveau échoué : le cabinet de Djindjic a survécu à la tourmente grâce au soutien de deux parlementaires d'un petit parti, pourtant allié de Kostunica.

Le 12 mars 2003, le Premier Ministre Djindjic a été assassiné par le crime organisé, en association avec les restes des structures de sécurité de Milosevic. Pour son assassinat, le gouvernement a accusé le précédent chef des unités spéciales, Milorad Lukovic et son gang criminel de Zemun. Le gouvernement serbe a déclaré l'état de siège. Jusqu'à aujourd'hui, de nombreux criminels ont été arrêtés, et certains parmi les criminels connus ont été tués dans des échanges avec la police. Par ailleurs, la police a commençé à démanteler avec succès le support logistique du crime organisé dans la police, les tribunaux et autres structures étatiques. Très importante a été la dissolution des Unités pour les tâches spéciales, qui étaient les plus dangereux résidus du régime de Milosevic.

Plus important encore : ces derniers mois, le paysage politique serbe a été presque complètement bouleversé. Vojislav Seselj, les unités spéciales et leur ancien commandant Legija ne constituent plus des menaces pour l'ordre et la démocratie en Serbie, la populaire chanteuse de folklore, Svetlana Raznatovic, veuve de Zeljko Raznatovic Arkan et la vraie héroïne de la jeune génération pendant les années 90, est en prison à cause de son lien avec le gang de Zemun. La découverte du cadavre d'Ivan Stambolic, ancien président de Serbie, qui a également été tué par les unités spéciales, comme on croit le savoir, sur l'ordre de Slobodan Milosevic et de sa femme, va définitivement ruiner l'image de Milosevic comme héros et lui donner une place dans l'histoire comme un des pires tyrans de Serbie ayant jamais existé.

La police a aussi arrêté l'ancien chef des troupes armées, le général Nebojsa Pavkovic qui a admis que, sous les ordres de Slobodan Milosevic, il a transporté par hélicoptère les tueurs visant Vuk Draskovic, de Budva à Belgrade. Tous ces événements pourraient avoir des effets à long terme sur la politique serbe, dans le sens que la Serbie abandonnera la politique basée sur les mythes et les légendes comme pré-conditions à un développement normal de la démocratie dans une société en transition.

Quelles sont les options politiques les plus réalistes dans un nouveau paysage politique serbe ?
D'abord, et c'est l élément le plus réaliste, le gouvernement va continuer à lutter contre le crime organisé et ses alliés dans les structures étatiques. Sur le plan économique le gouvernement continuera avec la politique de réformes économiques. En ce qui concerne le tribunal de La Haye, le gouvernement a changé la loi en vigueur qui interdisait l'envoi à La Haye de personnes accusées après que la Loi en matière de coopération avec La Haye ait adoptée. Selon la nouvelle loi, il est possible d'envoyer des personnes actuellement accusées de crime de guerre à La Haye. Le problème du Kosovo sera laissé de côté pour l'instant.

Selon ce scénario, les nouvelles élections au Parlement se tiendront l'année prochaine. L'important est que ce scénario fait l'adhésion de la communauté internationale toute entière.
En ce moment, il semble que le problème le plus controversé soit l'adoption de la nouvelle constitution serbe, la DOS ayant décidé d'adopter la procédure suivante pour son changement : la majorité absolue au Parlement (détenue par la DOS) et puis le référendum.

Il est difficile de prédire si le référendum sera couronné de succès ou non, car il exige d'avoir plus de 50 % de votants. Gardant à l'esprit les expériences précédentes avec les élections présidentielles, il semble qu'il va être très difficile d'obtenir un tel nombre de votants, surtout si le parti de Kostunica ne prenait pas part au vote.
Le deuxième gros problème pour le gouvernement est l'énorme pauvreté et le mécontentement social très large. Jusqu'à aujourd'hui, deux ans après Milosevic, il semble que le gouvernement n'ait pas trouvé sa stratégie propre pour développer l'économie, lutter contre la pauvreté et redonner l'espoir pour une vie meilleure à la majorité de la population.

La deuxième option concerne la possibilité que les plus petits partis de la DOS demandent davantage de partage du pouvoir et, au cas où le Parti démocratique n'accèderait pas à leurs voeux, ils pourraient renverser le gouvernement. Bien que la majorité d'entre eux ne soient pas satisfaits de la suprématie du Parti démocratique, ce scénario est moins probable actuellement, à cause du large consensus autour de la nécessité de lutter contre le crime organisé et de la pression de la communauté internationale.

Le scénario le plus dangereux est celui qui concerne l'abus en matière de lutte menée par le gouvernement contre le crime organisé, dans le but d'affaiblir la position de son rival principal - le Parti démocratique de Serbie. La police a arrêté le conseiller de Kostunica pour la sécurité en raison de prétendus contacts avec le suspect principal, Legija. Immédiatement après cette arrestation, le Parti démocratique de Serbie a répliqué qu'un des vice-présidents du gouvernement serbe avait relâché un des principaux suspects, Dusan Spasojevic, quelque temps auparavant. Il a aussi accusé le gouvernement de prendre le parti d'un gang criminel dans sa lutte avec un autre. Cette accusation pourrait être très dangereuse, car elle risque d'ouvrir un nouveau cycle de vendetta en Serbie. Dans ce sens, la communauté internationale a un rôle très important à jouer, d'une part pour prévenir de tels développements, et d'autre part, pour soutenir le gouvernement dans sa lutte à mort contre les criminels, quels qu'ils soient.

En tout cas, les événements tragiques qui sont intervenus, et les actions du gouvernement qui ont suivi, ont forgé une image complètement différente du gouvernement. Ce changement devrait être une chance pour un meilleur démarrage et de vraies réformes en Serbie. Dans un futur proche, les tensions politiques devraient se calmer et une nouvelle politique, plus proche de celle des autres pays en transition, devrait se mettre en place. Le parti de Seselj sera marginalisé. Le parti d'Arkan disparaîtra et celui, socialiste, de Milosevic sera peut être le principal perdant, car il est plus que probable qu'on découvre que Milosevic est derrière tous les assassinats politiques. En ce moment, le gouvernement a de bonnes chances de remporter les prochaines élections en surfant sur la vague de la lutte fructueuse contre le crime organisé. Kostunica aussi a de grandes chances, car il couvre encore un large spectre de l'électorat, des nationalistes et conservateurs jusqu'aux anciens électeurs socialistes. Son problème est que, plus le temps passera, plus il sera perçu comme quelqu'un qui a certes gagné les élections quatre fois au cours des deux dernières années (le 5 octobre 2000, l'élection parlementaire de décembre 2000 et les deux élections présidentielles de 2002), mais qui a finalement a échoué dans sa quête de pouvoir réel.

En conclusion, la tendance majoritaire de la politique serbe dans le futur proche continuera à être la DOS et le Parti démocratique de Serbie.



Article publié dans « CEDEM Magazine », bulletin du Centre pour la démocratie et les droits de l'Homme du Monténégro, d'avril 2003, sous la signature du Dr. Ognjen Pribicevic. Traduction de l'anglais : Patrice Eyraud - 16/11/2003