La prostitution en Europe centrale et orientale : perspectives (2004)
2012-12-18

La prostitution et la traite des femmes ne sont malheureusement pas près de se tarir. Si l'on applique en effet au phénomène de la traite des femmes en provenance des PECO la division traditionnelle du " trio prostitutionnel ", tous les facteurs sont en progression :

- Le nombre de prostituées : il ne peut qu'augmenter, car la misère reste grande dans certaines zones de l'ancien bloc de l'Est, et beaucoup de jeunes femmes sont suffisamment crédules pour tomber dans les pièges des proxénètes. Il existe en Europe centrale et orientale un "réservoir" dans lequel les trafiquants pourront puiser encore longtemps si rien ne vient à changer ;

- Le développement des réseaux de proxénètes : issues du désordre économique et social consécutif à la transition, les organisations criminelles ont prospéré. Certaines sont devenues très puissantes, à l'exemple des mafias russes. Et lorsqu'elles s'implantent à l'Ouest, elles tirent de la prostitution des revenus désormais supérieurs à ceux du trafic d'armes, peut être même à ceux du trafic de drogues, alors que le celui des femmes est beaucoup moins surveillé et réprimé [1]. La montée en puissance de ces grands groupes criminels favorise bien sûr le développement de la traite comme de la prostitution à l'échelon local ;

- Les demandes des clients : en l'absence de toute mesure de prévention, les Occidentaux ne changent pas de comportement à l'égard de la prostitution. Pire, le recours plus aisé à une prostituée provoque une augmentation de la demande.

Davantage de clients, de prostituées, de proxénètes : il n'y a aucune raison pour que la prostitution régresse. Seules des politiques publiques fortement volontaristes et répressives pourraient freiner cette croissance. Mais des deux côtés de l'ex rideau de fer, la volonté politique manque et les priorités sont ailleurs.

Note

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[1] Il s'agit d'ailleurs d'un profond changement dans la situation de la prostitution en Europe. Au début des années quatre-vingt dix le grand banditisme tendait à abandonner la prostitution pour se concentrer sur le trafic de drogue, plus rémunérateur. En dehors de grands trafiquants de femmes, on semblait tendre vers un petit proxénétisme. Avec l'arrivée des grandes mafias, le courant s'est inversé. La prostitution est plus souvent organisée par des groupes parfaitement charpentés et hiérarchisés à l'échelle internationale, pratiquant une multitude de trafics.

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Dossier réuni en novembre 2003, pour la lettre du COLISEE, par Florence Carton, avec le concours de la Fondation Scelles, auteur de l'ouvrage paru chez Èrès "La prostitution adulte en Europe".