Affaire Bandajevsky : réactions en France... échos en Biélorussie ?
2004-07-12

Le professeur Youri Bandajevsky, médecin et anatomopathologiste biélorusse est en prison à Minsk depuis le 18 juin 2001. Il a été condamné à 8 ans d'incarcération pour des faits de corruption qu'il a toujours niés et à propos desquels son principal accusateur s'est rétracté avant et pendant le procès. Recteur de l'Institut de Gomel, en zone contaminée par l'accident de Tchernobyl, sa "faute" c'est sans aucun doute d'avoir rendu publiques ses découvertes, en particulier un rapport quantifiable entre la radioactivité par Césium 137, mesurable chez les enfants, et les pathologies cardio-vasculaires anormales qu'ils présentaient. Au lieu de dire :"Tchernobyl, c'est fini !"

Dans un premier temps, seules les associations de défense des Droits de l'Homme (Amnesty, France-Libertés, la FIDH...) et celles sensibles aux conséquences de Tchernobyl (CRIIRAD, GSIEN, Amis de la Terre...) ont réagi à cet enfermement scandaleux d'un scientifique de haut niveau qu'on a voulu faire taire. Le Comité Bandajevsky s'est constitué en réunissant ces deux approches, mais en s'adressant aussi à tous ceux pour qui "le droit à la vérité, le droit de la chercher et de la dire pour le scientifique, le droit de la connaître pour les populations ", est un principe fondamental, qu'on ne peut laisser bafouer. Des individus, des personnalités scientifiques, dont des professeurs de médecine ont signé le Manifeste pour la libération de Bandajevsky et la liberté de la recherche. Des municipalités et même le Conseil Régional du Nord-Pas de Calais ont élevé Youri Bandajevsky au rang de citoyen d'honneur ou ont voté des motions de soutien. Il a été nominé, en octobre, au Parlement européen, pour le prix Sakharov...

Peut-on penser que ces réactions ont un écho en Biélorussie ? Le 24 juin 2003, Galina Bandajevskaya reçoit le titre de citoyen d'honneur de la ville de Paris attribué à son mari. Arte en parle et deux articles paraissent dans Le Monde et Libération. Est-ce un hasard si peu après des parlementaires biélorusses font une démarche auprès de Loukachenko pour une demande de grâce, dont ils avisent curieusement le Comité de soutien à Bandajevsky ?

Les autorités de la prison appuient cette demande pour se débarrasser de ce prisonnier hors du commun, qui leur a valu maintes protestations, qui reçoit des milliers de lettres et que sont venus visiter des représentants du Conseil de l'Europe, le 9 Juin 2002, puis les ambassadeurs de France et d'Allemagne, le 6 avril 2003. Un prisonnier qui a subi de tels traitements depuis sa première incarcération en 1999 qu'il semble au bout de sa résistance : il fait un malaise cardiaque, le 8 septembre 2003 et est opéré de justesse d'une appendicite-péritonite le 1er octobre. En juillet, le Haut commissariat aux Droits de l'Homme a accepté la plainte déposée par l'avocat de Bandajevsky sur les irrégularités du procès. Des rumeurs courent, à Minsk, sur la libération ... On attend la décision du Président Loukachenko !

Maryvonne David-Jougneau, Comité Bandajevsky