La Serbie en panne de gouvernement (2004)
2013-01-03

Les élections parlementaires qui se sont tenues le 28 décembre en Serbie ont vu les partis nationalistes arriver en tête, sans toutefois pouvoir prétendre à diriger le pays. Le Parti Radical de Vojslav Seselj (incarcéré à la prison internationale de Schveningen) et son allié le Parti socialiste de Slobodan Milosovic (en jugement devant le tribunal de la Haye) ont obtenu respectivement 27,7 % et 7,6 % des suffrages, ce qui représente plus du tiers de l'électorat. Comme prévu, le Parti démocratique de Serbie (DSS) de l'ancien président yougoslave Vojislav Kostunica, est arrivé en tête des formations démocratiques, mais avec un score moins élevé qu'il ne l'espérait. Comme attendu également, le Parti démocratique (DS), de l'ancien Premier ministre assassiné Zoran Djindjic, s'est effondré. Mais il conserve 12,7 % des voix, ce qui lui permet de précéder de peu G 17+, un regroupement d'experts qui s'est récemment transformé en parti politique et avec qui le DSS pensait former une coalition post-électorale (il recueille 11,4 % des suffrages). Ces trois formations avaient triomphé de Milosevic en octobre 2004, mais elles s'étaient séparées quelques mois plus tard, en désaccord sur de nombreux points, notamment sur la conduite à tenir à l'égard du TPY. Elles pourraient frôler la majorité des sièges, avec environ 124 députés, si elles arrivaient de nouveau à s'entendre pour former un gouvernement de « salut national », face à la percée ultranationaliste. Celle-ci, à vrai dire, n'est pas nouvelle : le score des partis de Seselj et de Milosevic est semblable à celui qu'ils ont obtenu lors des élections présidentielles précédentes, mais on pensait jusqu'à présent que leurs performances étaient dues à l'abstention des démocrates. La classe politique serbe est désormais fixée sur l'orientation idéologique de l'électorat : ce scrutin a prouvé que l'opinion serbe reste majoritairement nationaliste, la différence restant toutefois forte entre d'une part, les ultra-nationalistes du SRS et du Parti socialiste et, d'autre part, les « patriotes » que représentent le DSS de Kostunica et le Mouvement du Renouveau Serbe (SPO) de Vuk Draskovic. Ce dernier fait un retour remarqué sur la scène politique avec environ 8 % des suffrages et 23 sièges, ce qui le place en position d'arbitre. Ce come back n'est cependant pas une surprise pour les experts : le SPO a fait des scores élevés lors des dernières élections locales partielles et Vuk Draskovic s'attendait à jouer un rôle de médiateur au sein de la future majorité, en tant qu'un des « chefs historiques » de l'opposition démocratique dans les années 1990. Mais le fait qu'il n'ait pas rejoint la DOS au moment du renversement du régime Milosevic avait laminé ses troupes et l'avait renvoyé à son travail d'écrivain. Bien qu'ayant des positions nationales très fortes (il est même monarchiste), Draskovic a clairement annoncé qu'il ne s'allierait pas avec les ultras de Seselj et de Milosevic, qu'il a combattus pendant plus de quinze ans. La discussion se joue donc entre quatre formations condamnées à s'entendre alors que presque tout les sépare : des questions d'hommes autant que de programmes. Cela promet des jours tendus pour la Serbie et les observateurs craignent que tout accord conclu entre les anciens partenaires de la DOS soit fragile et que la Serbie entre dans une période à hauts risques, qui pourrait favoriser une victoire encore plus nette des ultranationalistes en cas d'échec des démocrates. La communauté internationale pousse à l'entente et devra apporter des gages politiques et financiers importants à la réussite du futur gouvernement, dont la composition constitue dès maintenant une "mission impossible" : quelle composition, et surtout quel programme ? On devra probablement attendre plusieurs jours, voire plusieurs semaines, pour connaître l'issue de ce casse-tête « balkanique ». Dans un premier temps, le chef de l'État par intérim, Mme Micic, a pressenti le leader du parti démocratique arrivé en tête, l'ancien président fédéral Vadislav Kostunica, pour qui la constitution d'un gouvernement cohérent et crédible constitue un véritable défi.

Hervé Collet.