Macédoine : les premiers résultats du recensement confirment la poussée démographique albanaise
2004-03-23

Les premiers résultats du recensement tenu en 2002 en République de Macédoine ont été présentés le 1er décembre 2003, au bout d'une année de décomptes laborieux. Selon l'Agence officielle chargée du recensement, le pays compterait 2.022.547 habitants, dont 1.297.981 Macédoniens (64,18 %) et 509.083 (25,17 %) Albanais « de souche », de Macédoniens et d'Albanais. La population albanaise passe de 22,7 % à 25,17 % en huit ans. Dans le même temps, le nombre de Slavo-Macédoniens est pratiquement resté au même niveau (1.297.981 contre 1.295.962), mais diminue en pourcentage (- 3 %). On compte par ailleurs 77.959 Turcs (3,85 %), 53.879 Rroms (2,66 %), 35.939 Serbes (1,78 %), 17.018 Bosniaques (0,84 %), 9.695 Valachs (0,49 %). Les autres communautés représentent un total de 20.993 personnes.

D'après le professeur Nikola Panov, de l'Institut de géographie de Skopje, les causes de la stagnation de la population macédonienne sont l'émigration des jeunes ainsi que l'accroissement du taux de population la plus âgée. Pour le professeur Aslan Selmani, démographe à l'Institut de géographie de la faculté des sciences mathématiques à Skopje, la natalité annuelle de la population slavo-macédonienne est de 16.000 et la mortalité de 13.000, c'est-à-dire que l'accroissement naturel de la population se situe aux alentours de 2.500 à 3.000 personnes par an.

La poussée albanaise est moins forte que prévue


Avant le recensement, les chefs de la communauté albanaise de Macédoine s'estimaient sous-représentés dans les statistiques officielles et certains allaient jusqu'à revendiquer le chiffre de 33 %, soit le tiers de la population totale. Les premiers résultats du recensement de 2002 font apparaître, certes, une augmentation sensible de la population albanaise, mais pas aussi forte que celle qui était espérée par les uns et redoutée par les autres. La population albanaise connaît un accroissement naturel de 8.000 à 9.000 personnes par an, si l'on considère que la natalité est de 11.000 et que la mortalité se situe autour de 2.700 personnes par an.
Struga est désormais une ville composée majoritairement d'Albanais (54,5 % d'Albanais et 34,57 % de Macédoniens). Dans les villes suivantes, le nombre d'Albanais est en moyenne supérieur à 65 % de la population totale : Tetovo (Tetova en albanais), Gostivar (Gostivari), Kicevo (Kerçova) et Debar (Dibra). À Skopje (Shkup), 15 % des habitants sont Albanais : quartier de Caïr, 26.259 - centre de Skopje, 25 315 - quartier de Saraj (vers Tetovo), 21.529. A Kumanovo (Kumanovë), on compte 26 % d'Albanais.

Des chiffres globalement approuvés, mais qui suscitent quelques réserves


Les observateurs internationaux, représentés par 50 experts en statistiques venant de 26 pays d'Europe, ont déclaré valable ce recensement, tout en émettant quelques critiques. Pour Halgrimud Snorason, responsable en chef du groupe d'observateurs, « ce recensement s'est effectué libre de toutes pressions, même si des obstacles sont apparus dans certains lieux, ce qui a sûrement eu une certaine incidence sur le décompte des données. Les problèmes les plus importants quant à la documentation incomplète ont été résolus à l'aide des dossiers du ministère de l'Intérieur, mais des personnes se sont cependant déclarées en tant que résidents alors que leur situation ne permettait pas de répondre aux différents critères répondant à la définition de ce terme ». Les observateurs internationaux ont constaté que des personnes se sont faites recenser sans leur attestation de nationalité, ainsi que des personnes vivant à l'étranger depuis longtemps. Le directeur de l'Agence d'État du recensement s'en est justifié : « Les réponses de ces personnes ne sont pas encore totalement dépouillées ». Il a également déclaré que son institution avait demandé la présence d'observateurs internationaux suite à des pressions permanentes, mais il a ensuite démenti cette déclaration.

De son côté, l'opposition a rué dans les brancards. Pour M. Nikola Gruevski, leader du VMRO-DPMNE, « le gouvernement n'a pas été transparent en ce qui concerne le recensement. La Commission d'État du recensement comptait également des représentants de l'opposition qui ont été entièrement tenus à l'écart de cette opération. Le directeur du Bureau national des statistiques a été révoqué en plein recensement et, en plus, les résultats ont été en retards de six, sept mois. Tout ceci met les résultats du recensement dans l'ombre du doute, d'où notre demande de créer une commission qui devrait identifier les faiblesses de la mise en œuvre de ce recensement, surtout dans sa phase finale ». M. Grueski considère que beaucoup d'inconséquences se sont produites lors du recensement des personnes qui sont à l'étranger depuis moins d'un an.

Pierre Dragon.