Kirghizstan, entre réformes et vieilles habitudes (mars 2004)
2011-12-18

Dans ce pays salué pour ses avancées démocratiques, la réforme du droit se heurte aux vieilles habitudes et aux difficultés économiques.

Coincé entre ses voisins riches en hydro-carbures, Ouzbékistan et Kazakhstan, et l'immense Chine, ce pays pauvre en ressources naturelles aurait fait le pari des réformes démocratiques pour compenser ses faiblesses et attirer l'attention des investisseurs internationaux. Premier Etat de l'ex-Union soviétique à autoriser la propriété privée de la terre, le Kirghizstan a aussi été le premier pays de la région à adhérer à l'Organisation mondiale du commerce en novembre 1999. De fait, ce pays de 4,7 millions d'habitants a fondé sa réputation sur l'audace de ses réformes démocratiques. A tel point que ses juristes ont du mal à suivre un tel rythme. Les quelque trois cents juges du Kirghizstan luttent ainsi pour maîtriser les nouveaux textes qui régissent des domaines totalement inédits : des entreprises privées à la douane et au crime organisé, en passant par la location et la vente de bâtiment. Alors que 70% des juges exerçaient déjà sous le régime soviétique, ils doivent désormais apprendre à travailler dans un système hybride, qui mêle des éléments d'inspiration européenne et anglo-américaine ainsi que de nombreuses lois soviétiques amendées. De l'avis quasi général, le Kirghizstan dispose maintenant d'un cadre juridique solide, mais de peu d'atouts pour le mettre en pratique. Les écarts sociaux se creusent tandis que le secteur privé est trop faible pour stimuler l'économie. Beaucoup, en particulier dans les campagnes, regrettent le temps où l'Etat leur assurait un certain confort. Doté d'une constitution démocratique depuis 1993, le Kirghizstan compte des syndicats faibles mais reconnus, une vingtaine de partis politiques, plus de mille ONG et surtout une toute jeune presse d'opposition. Celle-ci peine encore à s'affirmer et doit résister aux tentatives d'intimidation comme en témoigne le cas de Zamira Sydikova. Rédactrice en chef du journal d'opposition Res Publica, Madame Sydikova a passé deux mois et demi en prison pour une série d'articles critiques à l'égard du président de la Compagnie kirghize des mines d'or. Pour Asiya Sasykbaeva, directrice du centre Interbelim, organisation de soutien aux ONG, le bilan des réformes est mitigé : « La situation s'est un peu améliorée, mais les gens ne connaissent toujours pas leurs droits. Ils ne savent pas ce que signifie la Constitution, comment est dépensé l'argent de leurs impôts, que faire pour promouvoir leurs intérêts.» (d'après Cynthia Guttman, « le Kirghizstan sort de son carcan », in le Courrier de l'UNESCO)
G. L.