Dégradation des relations entre les Républiques d’Asie centrale
2004-05-14

Dégradation des relations entre les Républiques d’Asie centrale



La recrudescence en septembre des incidents frontaliers entre le Kazakhstan et l’Ouzbékistan met en lumière le problème du tracé des frontières héritées de l’ex-Union soviétique.

Devant les protestations d’Astana, le gouvernement ouzbek s’est ému de l’utilisation d’incidents jugés mineurs «à des fins politiques tortueuses.» Le Kazakhstan a pourtant dénombré plus d’un millier de cas de violation de sa frontière depuis moins d’un an.

L’absence de limites clairement définies et bien contrôlées en Asie centrale a souvent été source de tension depuis l’effondrement de l’URSS. Fait révélateur, pour dénoncer une tendance à recourir de manière injustifiée aux armes contre de « simples paysans », le gouvernement kazakh a rappelé que la plupart de ses ressortissants ne connaissent pas les limites précises de frontières qui ne sont délimitées par aucun poste de contrôle ni aucune clôture… Il est vrai que quelques années auparavant, des groupes rebelles islamistes ont su tirer avantage de cette situation pour lancer des attaques au Khyrgyzstan, au Tadjikistan et en Ouzbékistan.

Pour beaucoup d’experts, qui craignent un effet «tache d’huile», cette escalade verbale révèle la profonde dégradation des relations entre l’Ouzbékistan et ses voisins. Il y a moins d’un an en effet, les autorités ouzbek ont détruit un pont reliant leur pays au Khyrgyzstan... Sous prétexte de lutter contre le développement de la contrebande et «l’agression économique» de ses voisins, les autorités ouzbek ont ainsi fermé les frontières du pays, cassant du même coup le développement du commerce régional.

Ces mauvaises relations de voisinage ne sont pas sans inquiéter Pékin qui voit à terme cette région comme une zone de débouchés naturels pour ses productions de biens et services. La Chine, dont la province du Xinjiang constitue l’ancien Turkestan oriental peuplé de la minorité musulmane Ouïghour, garde un œil attentif sur la région. En signant en 2001 des accords avec la Russie, le Kyrgyzstan, le Kazakhstan et l’Ouzbékistan dans le cadre du sommet de Shangaï sur la coopération et la libéralisation des échanges en Asie centrale, Pékin comptait bien contrer toutes vélléités séparatistes et maintenir l’intégrité des frontières internationales.

Guillaume Lecoque