Slobodan Milosevic aurait pu faire cesser la guerre deux ans plus tôt
2004-05-14

L'ancien médiateur européen pour les Balkans, David Owen, a commencé lundi 3 novembre a deposer devant le Tribunal Pénal International de La Haye pour l'ex-Yougoslavie. Il a affirmé que Slobodan Milosevic aurait pu faire cesser la guerre de Bosnie dès 1993, soit deux ans plus tôt que la fin effective du conflit.

"Je pense qu'il avait le pouvoir d'imposer un règlement en 1993. Il était à la tête d'un gouvernement qui aurait pu empêcher les Serbes de Bosnie de bombarder Sarajevo, qui aurait pu arrêter le nettoyage ethnique", a déclaré l'ancien ministre des Affaires étrangères britannique. "S'il l'avait fait, cela aurait permis d'arriver à la paix en Bosnie deux ans plus tôt" et d'éviter de nombreuses tueries, a-t-il poursuivi. Les massacres de Srebrenica, au cours desquels plus de 7.000 Musulmans de Bosnie ont été tués, ont eu lieu en juillet 1995, soit deux ans après cette tentative de paix avortée. Pour M. Owen, Slobodan Milosevic disposait en 1993 "d'un fort contrôle" sur les leaders des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic et Ratko Mladic, qui dépendaient complètement du soutien de Belgrade pour poursuivre leur campagne militaire.

Après le rejet du plan de paix établi par M. Owen, médiateur de la Communauté européenne entre 1992 et 1995, et par l'émissaire des Nations unies Cyrus Vance, les combats se poursuivirent en Bosnie jusqu'à fin 1995, date des accords de paix de Dayton.

Au cours de sa déposition, Lord Owen, a tenu à souligner la responsabilité partagée des pays occidentaux dans l'échec du plan de paix mis sur la table en 1993, notamment pour avoir refusé d'agiter la menace d'un recours à la force. "La pression aurait dû venir de Milosevic, mais elle aurait aussi dû venir de l'Occident", a-t-il déclaré. Lord Owen a en effet estimé que l'influence de Slobodan Milosevic sur les Serbes de Bosnie avait diminué après 1993. Ce témoignage pourrait renforcer la thèse de l'ancien président qui n'a cessé d'affirmer qu'il n'avait aucune influence sur les leaders serbes de Bosnie lors des massacres de Srebrenica en 1995.

Slobodan Milosevic comparaît depuis le 12 février 2002 afin de répondre de plus de 60 charges de crimes de guerre, crimes contre l'humanité pour son rôle dans les guerres en Croatie, Bosnie, et au Kosovo dans les années 1990. Pour la Bosnie, le plus meurtrier des conflits avec plus de 200.000 morts, il est également inculpé de génocide.

Gilles DUTERTRE, OSCE, correspondent du COLISEE à Sarajevo