Conférence : "'Asie centrale. Indigénation du discours sur soi"
2011-11-28

Dans le cadre du séminaire "Ethno-histoire de l’Asie centrale" du Centre de recherche sur les pays du monde turcophone et l'Asie centrale (CETOBAC), une conférence est proposée

- sur le thème "

Quelques aspects de l’ethno-histoire de l’Asie centrale en relation avec l’indigénisation du discours sur soi dans les sciences sociales à l’époque soviétique

",

- par

Vincent Fourniau

,

- le mercredi 2 novembre 2011, de 11h à 13h,

- à l’EHESS, 190 avenue de France, 75013, salle 3 (RdC).

Présentation


Les sources, par exemple au XVIIIe siècle, locales, ottomanes et iraniennes, et à travers elles l’orientalisme occidental, ainsi que les sources russes, utilisent massivement des mots tels qu’ « ouzbek », « turkmène », « karakalpak », etc., sans oublier les centaines d’autres termes endogènes d’appartenance ayant cours en Asie centrale. Beaucoup d’entre eux ont disparu des usages officiels au XXe siècle mais continuent d’y être utilisés. Il n’existe cependant pas de synthèse de l’état de nos connaissances sur la diversité de l’emploi de ces termes à différentes époques ou sur la formation des appartenances collectives en Asie centrale avant la conquête coloniale, puis la transformation de certaines d’entre elles en « nationalités » dans le système soviétique.

La distribution des entités politiques aux XVIe-XVIIIe siècles dans cette région n’était pas conditionnée par les grands empires environnants, bien qu’on réduise trop souvent l’histoire de l’Asie centrale à l’influence qu’y eurent ces empires. Aucun de ses espaces, tels que « la steppe kazakhe », ou la Transoxiane avec Khiva, Boukhara, puis Kokand, ne fut unifié politiquement. Cependant, dans plusieurs de ces entités politiques, le système dynastique fut, au moins au XIXe siècle, de plus en plus associé à l’une des grandes affiliations de la région.

Au XXe siècle, la territorialisation des identités collectives a pris de nouvelles formes. Dans des républiques dites nationales, l’indigénisation a joué un rôle fondamental : une grande majorité des postes de responsabilité et jouissant d’un fort prestige social, en particulier dans l’éducation et la culture, avaient pour titulaires des représentants de la nationalité dont la république tirait son nom. Ainsi, l’indigénisation et la soviétisation de la culture sont indissociables l’une de l’autre pour analyser le discours sur soi et la vision de l’histoire des nationalités suivant le modèle de l’Etat-nation développés dans les sciences sociales en Asie centrale depuis 1945
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