La Serbie commence à sortir de la crise
2004-05-14

Avec l’élection du nouveau président du Parlement, la Serbie commence à sortir de la crise

Le Parlement serbe s’est à nouveau réuni le 4 février pour tenter de trouver une solution à la crise provoquée par l’impossibilité de réunir une majorité pour élire son président. Le 27 janvier, en effet, Dragan Marsicanin, vice-président du DSS, formation politique dirigée par Vojislav Kostunica, n’avait pas réussi à passer la barre des 125 voix nécessaires à son élection (sur les 250 députés que compte le Parlement). Seuls en effet le soutenaient les élus du DSS, de G17 + et de la coalition formée par le Mouvement serbe du renouveau (SPO) et Nouvelle Serbie (l’ensemble totalisant 107 voix), le Parti démocratique de l’ancien premier ministre Zoran Djindjic s’abstenant de voter.

Le 4 février, Dragan Marsicanin a réussi à obtenir 128 voix, grâce à 21 députés du Parti socialiste (SPS) de Slobodan Milosevic. Cette élection à l’arraché traduit deux évolutions majeures de la situation politique serbe :
- La consolidation de la rupture entre le Parti DS, qui dirigeait le pays depuis la chute de Slobodan Milosevic (fin 2000), et les autres membres de l’ancienne DOS. Le parti du premier ministre Zoran Zivkovic et du ministre fédéral de la défense Boris Tadic semble s’installer désormais dans l’opposition.
- Le rapprochement de la nouvelle coalition avec les partisans de Milosevic, ce qui confirme les tendances nationalistes que l’on prêtait jusqu’à présent au parti de Kostunica.

Il convient toutefois de relativiser les conséquences de ce rapprochement. Le SPS soutiendra le futur gouvernement que devrait diriger Vojislav Kostunica, mais sans participer à sa composition. S’il est probable que la future équipe politique manifestera sa résistance à collaborer avec le Tribunal Pénal International, pour ne pas déplaire aux ultra-nationalistes, on voit difficilement comment le Parti socialiste pourra soutenir les réformes que le gouvernement sera amené à prendre pour sortir du marasme économique et de la crise politique que connaît le pays depuis plusieurs mois : relance des privatisations, règlement des rapports avec le Monténégro, réforme constitutionnelle, etc.

Il convient par ailleurs de noter que le parti ultra-nationaliste de Vojislav Seselj est resté, quant à lui, à l’écart de ces négociations.

Reste que la classe politique serbe a réussi à sortir de l’impasse politique dans laquelle elle était enfermée : le nouveau président du Parlement devient automatiquement président de la république par intérim et, de ce fait, peut pressentir un nouveau chef de gouvernement, qui sera vraisemblablement Vojislav Kostunica. M. Marsicanin pourra également organiser une nouvelle élection présidentielle, dont l’issue, toutefois, restera incertaine tant que subsistera l’obligation d’atteindre le seuil de 50 % de participation électorale nécessaire à la validation du scrutin.

Hervé Collet.