La chute d'Abachidze en Adjarie consolide la démocratie en Géorgie
2004-05-14

Soumis aux coups de boutoir de Tbilissi et de son opposition interne, le pouvoir d'Aslan Abachidze, 65 ans, potentat d'Adjarie depuis quatorze ans, s'est effondré. Abandonné par ses proches, défié par le nouveau pouvoir géorgien, le vieux chef de clan a quitté son fief dans la nuit du 5 au 6 mai à bord d'un avion pour Moscou. Sa démission avait fait l'objet d'une médiation impliquant son protecteur, la Russie, qui conserve dans la région une importante base militaire.

Vétéran



Le scénario des événements ressemble trait pour trait à celui qui a conduit en novembre à la chute du vétéran de la politique géorgienne, l'ex-président Chevardnadze, sous la pression de la rue conduite par le chef charismatique de l'opposition, Mikhaïl Saakachvili. Elu triomphalement président en janvier, ce dernier avait promis de combattre la corruption et de restaurer l'autorité centrale sur les régions séparatistes.

Depuis lors, la tension n'a cessé de monter entre Tbilissi, la capitale de la Géorgie, et Batoumi, le chef-lieu de l'Adjarie, une région peuplée en majorité de musulmans devenue un royaume de la corruption. Prétextant d'une invasion imminente, Abachidze avait fait couper samedi les principaux ponts menant à la Géorgie et fermer les écoles. Tbilissi avait répondu par un ultimatum, invitant à désarmer les forces locales, tandis que les étudiants de Batoumi entamaient un mouvement de protestation de rue. La répression n'a fait qu'accroître la colère des manifestants.

Milices armées



Accusée de brutalités, la police était passée mercredi du côté des protestataires. Le ministre de l'Intérieur de la province autonome se serait rangé du côté du pouvoir central après une rencontre avec le Premier ministre géorgien, Zourab Jvania. Des milliers de personnes manifestaient cette nuit dans les rues de Batoumi, célébrant le départ du potentat. Pour éviter un bain de sang, le président géorgien avait engagé Abachidze à partir de lui-même, tout en dépêchant des troupes d'élite du ministère de l'Intérieur, par hélicoptère, près de Batoumi. Et il a fait entrer Moscou dans le jeu. Saakachvili a annoncé qu'il avait offert à Abachidze et à sa famille l'immunité ou la possibilité de partir en exil s'il acceptait de démissionner. Et il a déclaré qu'il plaçait la région sous son autorité avant de nouvelles élections. La démission du leader autonomiste va renforcer la position du président géorgien face à l'Ossétie et l'Abkhazie rebelles, elles aussi soutenues par Moscou, et qui se sont autoproclamées indépendantes.



(Liberation/Hélène DESPIC-POPOVIC - jeudi 6 mai 2004, avec AFP, Reuters)