Lecture(s) de bouche(s) à l'espace Khiasma, video-performance à partir de l'oeuvre du surréaliste roumain Ghérasim Luca, du 6 au 12 février à Paris
2009-01-28

LECTURE(S) DE BOUCHE(S),



à partir de l’œuvre de Gherasim Luca

Vidéo-performance, installation et récital poétique
de Patrick Fontana, Alters, Pierre-Yves Fave avec Nathalie Nambot

6, 7, 8, 10, 11, 12 FEVRIER 2009 A 20H30

A L’ESPACE KHIASMA
- 15 RUE CHASSAGNOLLE 93260 LES LILAS
- INFORMATIONS / RESERVATION : 01 43 60 69 72
- www.khiasma.net
- DUREE : 1 H 15 ENV. PERFORMANCE SUIVIE D’UNE RENCONTRE AVEC LES ARTISTES.
- ENTREE LIBRE / réservation obligatoire au 01 43 60 69 72 ou khiasma@free.fr
- Présentation professionnelle le jeudi 12 février à 15h00

Ghérasim Luca est né à Bucarest en 1913 dans un milieu juif
libéral. Il fut dès ses jeunes années en contact avec plusieurs
langues, en particulier le français, langue de la culture littéraire
– culture contestée on le sait par un autre roumain
Tristan Tzara, de près de vingt ans son aîné. (...) À la fin des
années trente, il concentre son intérêt sur la production du
surréalisme parisien, auquel ses amis Jacques Hérold et
Victor Brauner sont liés. Il correspond avec André Breton,
mais, visitant Paris, il renonce à le rencontrer. La guerre l’y
surprend, il parvient à regagner la Roumanie et à y survivre.

C’est dans la brève période de liberté avant le socialisme
que Luca renaît à la littérature et au dessin, suscitant un
groupe surréaliste avec quelques amis. Il dispose d’une
imprimerie et d’un lieu d’exposition, multiplie les libelles, collectionne
les objets d’art et adopte la langue française dans
son désir de rompre avec la langue maternelle.
En 52 il quitte la Roumanie et s’installe à Paris. Ses poèmes,
dessins ou collages («cubomanies») sont publiés par la
revue Phases. Il élabore des livres-objets auxquels contribuent
Jacques Hérold, Max Ernst, Piotr Kowalski. (...)

Au travail sur la langue, roumaine ou française, avec ses
effets de bégaiement décrits par Gilles Deleuze, il faut ajouter
la mise en scène de ses écrits et le travail de tout le corps
que représentait pour lui la lecture publique. Dans sa solitude
et sa recherche d’une pierre philosophale, d’une «clé»,
Luca troublé par la montée des courants raciste et antisémite
s’est suicidé en janvier 1994.

« je suis persuadé que si on prononce vraiment un mot, on dit le monde, on dit tous les mots. » Ghérasim Luca

Œuvre empruntant à la poésie et aux Cubomanies de Ghérasim Luca, recherche plastique autant que travail de la langue, le nouvel opus de Patrick Fontana, Aelters et Pierre-Yves Fave se joue des frontières et des disciplines. Après Grenze qui offrait une relecture singulière d’extraits du Capital de Marx (www.grenze.org), Lecture(s) de bouche(s) poursuit une recherche peuplée d’apparition d’images mentales. Les outils numériques sont ici sans cesse remis en tension par le geste plastique et les hasards de la matière. Mais c’est aussi et peut-être surtout une œuvre sonore car c'est bien des mots qu'il s'agit d'arracher aux bouches pour tenter de nous donner une nouvelle fois à entendre fois la contemporanéité de la poésie de Ghérasim Luca.

Lecture(s) de bouche(s) est une vidéo-performance



Elle s’appuie sur l’installation dans l’espace de deux objets plastiques à la fois archaïques et technologiques : la TABLE A ENCRES qui forme des images et le STUDIO DIOPTRIQUE qui les fragmente. Avec ces deux objets, c'est la main qui pilote, ordonne ou désorganise le flux d'images

Lecture(s) de bouche(s) est un récital poétique



Nathalie Nambot lit un premier choix de poèmes.
Un travail d’enregistrements d’un second choix de textes vient s’inscrire dans le temps de la vidéo-performance. Ces enregistrements ont été réalisés dans le cadre d’ateliers socio-linguistiques avec les associations Emmaüs (atelier de formation de base Paris 11ème) et Mosaïques Ile-de-France à Romainville (93) avec des amateurs.

Lecture(s) de bouche(s) est accompagnée d’une installation vidéo autonome,


à partir du poème de Ghérasim Luca Crimes sans initiale, proposée par Olivier Marboeuf et Patrick Fontana, Aelters et Pierre-Yves Fave.

Lecture(s) de bouche(s) a été créée en résidence à l’Espace Khiasma.

Avec le soutien de : Conseil Général de la Seine-Saint-Denis, DICREAM, Ville de Paris (DASES), Délégation à la Politique de la Ville et à l’Intégration de Paris, Ville des Lilas, Association Emmaus


ELEMENTS SUR LA CREATION



COMPOSITION DU STUDIO DIOPTRIQUE



Le STUDIO DIOPTRIQUE déconstruit les images qui passent à travers lui, en écho à la langue de Luca. Elles sont morcelées, déstructurées, elles disparaissent pour faire place à une autre compréhension, leur sens initial est mis de côté.

Le STUDIO DIOPTRIQUE est développé avec des logiciels Open source comme PureData, Gem et Reactivision. L'image vidéo se décompose en fragments liés à des objets physiques. Les déformations de l'image sont gérées par l'ordinateur, mais répondent au geste de la main sur ces objets.

COMPOSITION DE LA TABLE A ENCRES



Des encres, des peintures, des solvants, mélangés, composent les images liquides de la table à encres qui sont manipulés à vue sur une vitre. Ces images, filmées par la caméra, sont retransmises à travers le STUDIO DIOPTRIQUE. A nouveau les images sont morcelées en fragments manipulés par la main.

TRAVAIL SUR LES LECTURES ENREGISTREES



A Emmaus comme à Mosaïques, les participants sont des migrants inscrits dans des ateliers d’apprentissage du « Français Langue Etrangère » (FLE.)

En travaillant avec ce public spécifique, Patrick Fontana tente de donner une résonance à la poésie singulière de Ghérasim Luca, auteur lui-même immigré, qui tord et travaille la langue française pour y faire naître des sonorités et des rythmes inattendus et sensuels. Il développe des stratégies de pratiques et d’appropriations de cette langue « étrangère ». Il invite ici au plaisir simple de parvenir à mettre en bouche les textes de Luca. Les textes lus puis, dans un second temps, enregistrés trouvent leur aboutissement dans la mise en espace de la performance dont ils composent l’une des voix.